Rijaniaina

Pourquoi les malgaches s’exilent

Cela fait maintenant 17 ans que je navigue dans le monde professionnel. J’ai commencé à travailler très jeune et, au fil des années, j’ai vu tant de parcours bouleversés. Ce qui revient souvent dans mon constat, c’est que beaucoup de Malgaches finissent par partir. Destination : un pays développé.

Salut à tous, je suis de retour !

À Madagascar, il n’y a pas de statistiques officielles sur le nombre de malgaches qui partent. En réalité, les données fiables sont rares, quel que soit le domaine. Mais il y a une tendance claire : nombreux sont ceux qui partent étudier à l’étranger et ne reviennent jamais. Pourquoi ? Parce qu’une fois le diplôme obtenu, les opportunités professionnelles se multiplient, et le rêve d’étudiant se transforme en projet de vie durable.

Après la publication de mon précédent article sur ce sujet, j’ai reçu de nombreux témoignages. Certains étaient très personnels, d’autres franchement polémiques. Par respect pour mes lecteurs, j’ai choisi de ne pas les partager tels quels, mais d’en extraire les points communs.

Un quotidien qui épuise le moral

Madagascar est un pays riche de son histoire et de sa biodiversité, mais aussi marqué par mille et une difficultés. Beaucoup de mes amis et connaissances débordent de projets, mais le contexte local les freine. Les infrastructures défaillantes, la lourdeur administrative et les incertitudes économiques rendent chaque initiative plus difficile à concrétiser.

Dans la vie quotidienne, les défis sont omniprésents : accès limité à l’eau potable, coupures d’électricité récurrentes, système de santé inefficace… Ce qui peut sembler banal ailleurs devient ici une source d’angoisse constante.

Et puis, il y a ce désir universel : offrir une vie meilleure à ses enfants. Quand on assiste à la dégradation continue de l’éducation, de la santé et des services publics, comment ne pas vouloir un avenir plus stable et sûr pour sa famille ?

Corruption et manque de perspectives : un cocktail explosif

La corruption est un véritable fléau. Elle gangrène notre société et étouffe les ambitions. À Madagascar, même les plus compétents peinent à trouver leur place, car les relations et les réseaux priment souvent sur le mérite. Cette situation est particulièrement frustrante pour les jeunes diplômés malgaches qui aspirent à un emploi stable et bien rémunéré.

Quant à l’entrepreneuriat, c’est un parcours du combattant partout dans le monde, mais ici, c’est encore plus compliqué. Même ceux qui tentent leur chance dans des zones rurales supposées plus tranquilles ne sont pas épargnés. L’insécurité est omniprésente. J’ai reçu des témoignages de jeunes entrepreneurs agricoles qui ont vécu des cambriolages traumatisants. Aujourd’hui, ils ont refait leur vie en Europe ou au Canada, bien loin des risques quotidiens.

Un exode qui affaiblit Madagascar

Chaque départ est une perte pour notre pays. Des talents, des compétences et des idées s’en vont, laissant derrière eux un vide difficile à combler. Il est urgent d’améliorer les conditions de vie à Madagascar si nous voulons freiner cet exode.

Ne perdons pas espoir !!


Fuite de cerveaux : quand nos talents s’envolent ailleurs

Je regarde autour de moi sur Facebook, Instagram et LinkedIn. Je regarde des connaissances, les génies qui gagnent les hackathons que j’ai organisés, et dont j’ai été coach. Ces jeunes entrepreneurs brillants voulaient développer notre pays, Madagascar. Depuis, ils ont fait leurs valises. Destination l’Europe, le Canada, les États-Unis. Des terres promises où chacun affirme qu’il reconnaît la valeur des compétences.

Je les comprends et je n’ai pas le cœur de leur en vouloir. À Madagascar, chez nous, malgré l’ingéniosité, malgré les projets et les bonnes idées, tout semble plus lourd. Monter une start-up à Madagascar ? Il y a un environnement qui pousse parfois à abandonner.

Je vois des amis des réseaux sociaux qui partent, mais ne le font pas de gaieté de cœur. Ils partent parce qu’ils ont le sentiment qu’ici, on ne pourra pas leur offrir ce qu’ils méritent. Alors, ils s’exilent. Je pense à ces champions de concours de projets, ces majors de promotion dans leurs universités. Ils n’ont pas tardé à être repérés par de grandes entreprises étrangères. Ici, il n’y a pas de garantie que leur potentiel va être considéré.

« Restez » est facile à dire…

On entend souvent dire : « Pourquoi partir ? Restez, construisez ici ! » Comment convaincre les ingénieurs, les infirmiers et les développeurs informatiques de rester quand leur avenir semble si bouché ? Ils sont rongés par le manque de perspective d’un futur florissant du pays. Alors, ils s’en vont. Madagascar perd ses cerveaux, surtout ses rêveurs.

Il existe un mal qui gangrène le pays, un sujet dont on ose rarement parler tant il semble enraciné dans nos habitudes : la corruption. Pourtant, elle figure toujours parmi les cinq principales raisons qui poussent mes amis à partir.

Je rêve d’un Madagascar qui attire

Chiffre très alarmant : plus de 50% des Malgaches qui étudient à l’étranger ne reviennent plus dans le pays à la fin de leurs études ou de leurs stages. Je rêve d’un pays où ceux qui partent ont envie de revenir. Un pays où nos champions de hackathon peuvent créer leur propre entreprise sans avoir besoin de traverser l’océan pour réussir. Un pays où un jeune infirmier peut choisir d’aider les malades ici, chez lui, sans regret, avec un salaire adéquat.

En cette fin d’année 2024, je me surprends à devenir songeur. C’est sans doute ce qui m’a poussé à reprendre la plume après plus d’un an de silence. Ce billet, qui marque mon retour, n’est qu’une introduction : dans le prochain, je partagerai les témoignages de ceux qui sont partis.


Les outils d’IA (Bard, ChatGPT) peuvent être des alliés du ministère de l’Education

La publication Facebook de notre ministre de l’Education nationale a causé un mauvais buzz du dimanche 14 au lundi 15 mai. Six mois après le lancement à effet viral du fameux ChatGPT, la ministre s’est prononcé pour la première fois à ce sujet pour donner son avis négatif sur l’utilisation d’un outil qui va abrutir les élèves à Madagascar !

Traduction de la publication de notre ministre (publication originale en malgache) :

Non au ChatGPT
Je n’approuve pas ChatGPT.
Évitez de l’utiliser surtout pour les enfants et les jeunes.
Moi je ne l’utiliserai pas.
Ne sois pas fainéant, utilise ton cerveau efficacement sans ça !

C’était direct, simple et concis (14 mai 2023).

Et moi, je ne partage aucunement l’opinion de notre ministre. En réponse à sa publication, j’ai écrit une publication qui au contraire affirme que ces outils d’intelligence artificielle IA (ChatGPT, Google Bard, etc.) vont nous conduire vers une révolution positive de l’Éducation en Afrique.

Intitulé : REVOLUTION « POSITIVE » DE L’ÉDUCATION en Afrique

L’UNICEF à Madagascar a déjà dénoncé l’incompétence des enseignants connus sous l’appellation FRAM (enseignants vacataires payés par l’association des parents d’élèves), un modèle low-cost pour pallier la lenteur de recrutement de nouveaux enseignants. Le mauvais niveau des élèves malgaches est dû essentiellement à des enseignants incompétents. Des personnes sans vocation intègrent le monde de l’enseignement simplement pour espérer devenir fonctionnaires et ainsi bénéficier des avantages du fonctionnariat. En raison des salaires très bas des enseignants aussi, les jeunes diplômés ne se ruent plus vers ce métier. Alors comment retrouver un niveau de qualité raisonnable de l’Éducation en Afrique ?

La solution ultime selon moi : ChatGPT, Google Bard, etc. Mais comment, diriez-vous ?

Google Bard, le concurrent de ChatGPT

Il ne s’agit pas du tout de remplacer les enseignants par l’IA. Ces nouveaux outils sont même des compagnons idéaux pour nos enseignants à Madagascar, ChatGPT n’est pas l’ennemi du métier. Le ministère est incapable de former les milliers d’enseignants Fram à Madagascar. Ces Fram ont été pendant des années recrutés sans aucun plan de formation. Les solutions d’IA sont le moyen de permettre une formation de masse rapide et très efficace. Les IA pour l’Éducation se perfectionneront et permettront que cela se réalise très bientôt. Sur le fait qu’un outil comme ChatGPT va abrutir les enfants et les jeunes, l’Education Nationale a déjà eu dans les années 90 cette même réaction négative envers les machines à calculer électroniques. Avec une bonne sensibilisation, ces outils ne peuvent devenir que d’excellents accompagnateurs pour nos enfants.

Moi soussigné, Rija, je n’ai aucun/zéro refus qu’un avatar IA devienne l’un des enseignants de mes enfants dans l’Education Nationale, je le souhaite même, c’est un fantasme.  L’objectif reste toujours la qualité de l’Éducation.

Quand j’ai commencé à apprendre l’ingénierie informatique il y a plusieurs années de cela, j’étais conscient et prêt mentalement que l’informatique va évoluer très rapidement et que l’IA sera omniprésente dans la vie quotidienne. Je pense que cette forme d’intelligence numérique apportera davantage de changements positifs que négatifs.

Rija


Je blogue à propos de la digitalisation

En cette journée mondiale du blog (31 août), je pense donc je blogue … et j’écris ce qui me vient à l’esprit. Je vais aborder un vocabulaire très en vogue à Madagascar depuis l’élection du régime actuel: la digitalisation. D’abord, du côté des amoureux de la langue de Molière, le débat fait rage à savoir : numérisation au lieu de digitalisation, transformation numérique au lieu de transformation digitale. « Digital » renvoie seulement aux doigts de la main. Je ne suis pas de ceux qui perdent mon temps à débattre sur cela, il s’agit de glossaire : je m’inquiète davantage de la façon dont la transformation numérique est conduite dans le pays. Ensuite, cet enjeu actuel du digital est si important que même le ministère en charge de ce sujet a été renommé :

  • Avant : pendant plus de dix ans, c’était MPTDN pour ministère des postes, des télécommunications et du développement numérique
  • Maintenant : c’est devenu le ministère du développement numérique, de la transformation digitale, des postes et des télécommunications abrégé MNDPT (au lieu de MDNTDPT) c’est-à-dire le numérique est mis en avant

Au début des années 2000, on parlait d’informatisation, c’est-à-dire de favoriser l’utilisation d’ordinateurs et de terminaux informatiques dans les services publics/privés mais ce mot est désormais substitué par la « digitalisation ». Le bon terme est plutôt « transformation numérique » car il y a un processus de transformation ou de mutation dans cette opération : des méthodes et des stratégies pour mener à bien cette transformation. Je travaille depuis 2021 à titre de consultant en transformation digitale et je suis alors très sensible aux entraves à l’application des bonnes pratiques de cette transformation.

Digitaliser ou numériser ne veut pas dire imposer l’utilisation de nouveaux logiciels ou d’applications informatiques parce que ce que vous faisiez auparavant (papier et machine à écrire) était nul ou parce que je suis ingénieur informaticien alors je sais que l’usage de logiciels devrait être la voie à suivre. Ceci explique la plupart des échecs dans l’intégration du digital dans les services publics. Une transformation numérique fournit les solutions attendues par le métier et ces solutions ne sont pas nécessairement à 100 % informatiques. Dans la digitalisation, on implique les métiers dans les choix informatiques. Les solutions développées dans ce processus facilitent vraiment la vie des utilisateurs et ceux-ci ne se sentent pas obligés.

Le ministère qui conduit la transformation est conscient des risques causés par l’informatique et il a prévu de gérer ces risques. Un transformateur digital se pose toujours la question : est-ce que nous disposons des bonnes ressources : humaines & matérielles. Lors de la mise en place d’une solution numérique, il est alors nécessaire de mesurer l’efficacité de l’usage de la solution et d’instaurer la culture de l’amélioration continue c’est-à-dire tenir des rétrospectives fréquentes pour corriger le tir en cas de piètres résultats.

Crédit photo : Flickr – Dominic Smith

Voilà ce que je peux dire pour cette journée mondiale du blog, savez-vous que je peux monologuer pendant des heures sur ce thème car c’est mon job quotidien. Au bout du compte, mon rôle c’est la gestion du changement : j’ai vu et entendu par exemple des agents publics refuser la numérisation de leurs activités, j’ai vu des applications mal conçues qui amènent les métiers cibles à penser que la digitalisation ne fait que compliquer les choses, etc.


À Madagascar, entre télétravail et perturbation de l’éducation

En un seul article, je vais traiter deux sujets que sont le monde de travail et le monde de l’enseignement. Ils doivent s’adapter à la situation sanitaire.

La deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 frappe Madagascar de plein fouet et elle risque d’être plus meurtrière. La saturation des hôpitaux est déjà atteinte et l’État doit créer des hôpitaux de fortune en transformant des bâtiments d’écoles en hôpital de fortune et en réquisitionnant des hôtels. Le confinement total n’est pas décrété car l’expérience de l’année 2020 a prouvé le désastre économique que cela pouvait entraîner.

En 2020, j’ai pris la plume pour parler de l’expérimentation du télétravail par les entreprises à Madagascar pour faire face au confinement et surtout pour protéger les salariés et collaborateurs. Ce fût un succès et cette expérience a été très appréciée par les salariés. C’est du côté employeur qu’il y aurait ceux qui ont su intégrer le coût du télétravail dans leurs prestations et d’autres qui l’ont pris comme une charge additionnelle à supporter, en conséquence une baisse significative de leurs chiffres d’affaire.

Pour le monde de l’éducation, les dégâts du confinement et des restrictions sanitaires de 2020 ne sont pas encore pansés : les parents craignaient une année blanche mais l’État n’est pas allé dans ce sens et avait maintenu les examens officiels avec des sujets proportionnels au programme de cours achevé (soit juste un trimestre et demi).

Qu’est-ce qui va se passer cette année 2021 ?

L’hiver austral va venir et cette saison est propice à la propagation de virus. La saison froide qui approche n’augure rien de bon pour les prochains mois. Côté monde de l’emploi, il est inévitable qu’il faut rebasculer en télétravail pour ceux qui peuvent le faire et il est fort probable que certains types d’activités en seront fortement impactés : je ne dis plus du cas du secteur du tourisme qui souffrira encore plus, la majorité d’entre eux doivent se réinventer sinon déclarer faillite. Le flux de personnes devra être régulé, donc les activités qui dépendent fortement du présentiel seront impactés comme l’année dernière : c’est le cas du secteur du transport trans-régional et transnational.

Pour le secteur de l’éducation, au moment où j’écris, les écoles et les universités publiques et privées doivent fermer leurs portes pour au moins 4 semaines et cela risque de continuer ainsi. Fermer les écoles est effectivement un moyen de contrôler la transmission du virus car cela impacte des millions de personnes mais c’est problématique pour les salariés des écoles, autrement dit le corps enseignant ; plus exactement les écoles privées, très nombreuses à Madagascar. Les enseignants fonctionnaires n’auront aucun souci de paiement mais les salariés des écoles privées sont la plupart des consultants payés aux heures passées, donc la fermeture équivaut à cessation de paiement pour eux. Aucune solution n’est avancée pour l’instant : est-ce que l’État qui apportera la solution ou est-ce que ce sera le secteur privé voire la société civile ?

Les zones d’ombre de cette situation sont nombreuses : la fermeture de l’école se fera jusqu’à quand ? Est-ce que cette maladie sera contrôlée voire éradiquée cette année ? Est-ce que cela deviendra une épidémie saisonnière qui engendrera annuellement une vague meurtrière chaque année ?

Ces problèmes devriont se transformer en opportunités. Opportunités = solutions.

La deuxième vague ne fait que commencer. Wait and see !


Quatre mois de télétravail actés

Eh oui, je suis actuellement à 4 mois de télétravail depuis le début de l’épidémie de coronavirus à Madagascar. Ce mode de travail courra encore au moins jusqu’au mois de septembre avec l’estimation du pic de la contagion vers la fin du mois d’août / début du mois de septembre.


Loin des débats politiques houleux sur « est-ce que l’épidémie est maîtrisée ou pas ? », quelques entreprises ont préféré continuer dans la prudence c’est-à-dire de maintenir le télétravail notamment les entreprises qui ont des clients à l’étranger (outsourcing). C’est une très bonne décision de leur part de s’inquiéter de l’état de santé de ses collaborateurs. De plus, lorsque les collaborateurs sont en bonne santé, les projets continuent et les clients sont satisfaits. Depuis le mois de mars, la liberté de mouvement n’est plus la même avec l’état d’urgence sanitaire qui est en vigueur.

Entre confinement – déconfinement – reconfinement « partiel », les activités doivent cesser parfois à midi, parfois à 1h, à 3h ou à 5h de l’après-midi donc il n’est pas évident de se déplacer au bureau dans ces conditions-là. Grâce au télétravail, les entreprises d’outsourcing par exemple arrivent à afficher 8 heures de présence par jour à leurs clients.

Le télétravail c’est cher

Migrer en télétravail a un certain coût. Avant la pandémie, une entreprise employant 100 collaborateurs paie une connexion internet haut-débit à partir de 2 millions Ariary par mois (500 €). Après la pandémie, il faut alors supporter les connexions individuelles d’environ 200 000 Ariary par personne : 100 x 200 000 = 20 000 000 Ar (5 000 €) soit dix fois plus (un grand impact sur les bénéfices de l’entreprise). S’ajoute à cela la hausse de 10% du coût de l’abonnement à Madagascar depuis ce mois de juillet !

La migration vers le télétravail a été vraiment positive à Madagascar. Avec les pertes d’emploi causées par le coronavirus, les salariés en télétravail sont soulagés de pouvoir garder leur emploi et en même temps d’avoir ce privilège sanitaire de pouvoir se confiner chez soi pour se protéger de l’épidémie.

Est-ce que le télétravail est l’avenir ?

Oui selon les géants du numérique : Facebook et Google continueront le télétravail jusqu’au moins à la fin d’année et chez Twitter les employés peuvent même choisir de travailler à distance à vie !

Voire plus selon une vidéo intéressante intitulée « The office is dead » (« C’est la fin des bureaux ») que j’ai récemment visionnée. C’est peut-être exagéré mais on est dans cette voie-là.

https://web.facebook.com/haikajy/videos/271648450834790/

La vie ne sera jamais plus pareille avec cette crise sanitaire. La vie retournera un jour à la normale. Mais il s’agira d’une nouvelle norme avec des gestes barrières !


Connexion non abordable et neutralité du Net bafouée depuis longtemps

Le prix de l’Internet est très élevé à Madagascar, par rapport au pouvoir d’achat des Malgaches et par rapport aux offres équivalentes dans les pays développés comme la France. Les fournisseurs locaux proposent par contre des offres spécial Facebook ou Instagram aux prix très alléchants (je n’ai rien contre Facebook ou Instagram by the way ;)). Mais ce n’est pas Internet, c’est un blasphème envers la notion de neutralité du Net.

La neutralité du Net est un principe devant garantir l’égalité de traitement de tous les flux de données sur Internet. C’est-à-dire qu’un fournisseur ne devrait pas privilégier ou avantager une application internet ou un site web plus que d’autres.

Le prix du gigaoctet pour avoir accès à du Facebook uniquement n’est que de 500 Ariary soit environ 0,12 € tandis que le vrai internet 1 Go coûte 12500 Ariary soit 3,12 €. C’est donc 26 fois plus entre les deux offres, où est la neutralité dans tout cela !? Auparavant, il y avait d’autres fournisseurs qui ont proposé des offres spécial Twitter et spécial WhatsApp mais faute de clients ils se sont rués vers Facebook.

Avec 3,12 € le gigaoctet, c’est plus cher qu’en France qui est d’environ 2,99 $ soit environ 2,4 € selon une étude (mais en vérifiant chez les opérateurs français que je connais c’est moins cher que cela) :

Et même qu’en France, le prix est dégressif lorsqu’on monte en volume et est souvent associé à d’autres services comme appels téléphoniques / SMS / TV. Dans la Grande Île, c’est uniquement du data internet. Voici des offres en France de 1 Go qui semblent plus chères mais il y a d’autres services qu’internet offerts :

Nous rêvons d’avoir une offre internet comme ceci, sans engagement bien évidemment :

Faute de pouvoir d’achat dans la Grande Île, la meilleure option est une offre « sans engagement ». Le consommateur devrait toujours avoir la possibilité de consommer aux besoins et surtout pouvoir arrêter à tout moment.

Combien devrait alors coûter la connexion internet à Madagascar ?

En premier lieu, ces offres qui bafouent la neutralité du Net sont inacceptables, il faut trouver un compromis pour mettre fin à cela. Bien évidemment, on ne peut pas l’arrêter immédiatement car cela permet à beaucoup de Malgaches à communiquer entre eux et à avoir un semblant d’internet.

En deuxième lieu, après quelques analyses, nous rêvons d’une offre sans engagement de 80 Go pas de soucis si c’est même limité et si c’est même sans autres apports (appels ou SMS) mais pour un prix de 50 000 Ariary soit 12,5 €. Actuellement pour avoir 80Go à Madagascar, il faut débourser plus de 300 000 Ar (plus de 75 €), c’est trop trop cher pour un ménage moyen malgache. Mais bon, c’est juste un rêve.


J+30 télétravail pour assurer la bonne exécution des activités en confinement

Il est temps de dresser un bilan à un mois de cette situation exceptionnelle que j’ai vécue. Retrouvez ici la version audio de ce billet.

J+30 de télétravail. Eh oui, on l’a fait à Madagascar. « We did it ». Un millier d’employés voire un peu plus y sont arrivés.

Il s’agit pour rappel d’un télétravail dans un contexte très particulier qu’est le confinement. Car le statut de télétravailleur est déjà exercé bien avant cette crise sanitaire par beaucoup de « freelancers » à Madagascar, il s’agit de ces petits travailleurs qui sous-traitent des prestations sur internet pour des clients à l’étranger. Cette fois-ci, le télétravail est en mode « on est confiné » donc on ne peut pas aller s’aérer dans les parcs le week-end ni se déplacer à la campagne pour respirer l’air frais.

Les deux premières semaines étaient décisives dans ce basculement vers le télétravail pour les quelques entreprises qui ont pu le faire à Mada. Ce fût un saut dans l’inconnu pour eux mais il fallait le faire pour s’assurer de la bonne santé de ses employés. Il y avait un risque que ce serait le chaos, est-ce que leurs employés pouvaient acquérir une conscience professionnelle loin du bureau. Et verdict: c’était « pas mal ».

J+30, ça fait 30 jours qu’on a vécu des choses. Quelle expérience !

Télétravailler c’est acquérir un sens de l’organisation du temps. Réserver 8 heures dans la journée à la maison n’est pas évident.

A quelle heure je dois me lever?

Quand est-ce que je prends une pause?

Trouver la concentration à la maison n’a pas été facile pour certaines personnes. Pour moi, c’était possible car la connexion internet à domicile n’est pas aussi fluide et rapide qu’au bureau donc je suis devenu plus concentré en utilisant essentiellement mon forfait limité à mes tâches.

Il y a ceux qui travaillent plus la nuit que durant la journée et il s’agit surtout des parents: il y a leurs enfants qui leur empêchent de travailler correctement dans la journée et il faut attendre que les enfants dorment. Beaucoup ont aussi découvert que leurs voisins sont très bruyants et ce n’est pas facile lorsqu’on fait une réunion en ligne.

Les entreprises qui pratiquent les méthodes agiles en gestion de projet connaissent le cérémonial quotidien de cette méthodologie appelé DM pour Daily Meeting d’une durée de 5 à 15 minutes qui se fait dans la matinée en général.
Il est commun à ce moment-là d’entendre le bruit des enfants qui jouent, ou qui pleurent.
L’interaction physique entre collègues de travail a manqué énormément à certains employés. En effet, il y a ceux qui préfèrent largement être au bureau que d’opérer en télétravail.

Quelques entreprises malgaches ont effectivement investi dans le télétravail mais ce n’est pas facile car c’est un énorme coût additionnel.
Parlons du feedback des employeurs que j’ai lu dans les discussions en ligne: c’est qu’ils ont constaté le professionnalisme de la majorité de leurs employés, beaucoup ont réussi à trouver leur rythme sur le mode de fonctionnement à distance, voire même plus qu’en étant au bureau. Mais ils ont aussi constaté un certain relâchement pour certains qui n’ont jamais retrouvé un rythme normal.

Je disais au début que cette situation a une fin. A un mois de ce télétravail, Madagascar va déjà entrer dans une phase de déconfinement progressif. Eh oui, cette façon de travailler va s’arrêter bientôt pour nous. Pas immédiatement car le déplacement est encore restreint à une demi-journée dans les 3 villes confinées de Madagascar. Et pour les écoles, une partie des élèves vont bientôt retourner en cours.


Confinement à Madagascar : un choc psychologique, un difficile défi

J’ai décidé de faire un podcast pour ma famille et mes amis, une façon comme une autre de m’occuper pendant le confinement. Ce podcast parle de la lutte contre la pandémie de coronavirus, le sujet phare du moment dans le monde entier.

Le mot « confinement » est nouveau dans le vocabulaire des malgaches. Chaque crise dans le pays apporte son lot de nouveaux mots : on avait « auto-proclamation » lors de la crise de 2002, « délestage » lors des pénuries d’électricité, et les négociations de la longue crise de 2009 à 2013 avaient aussi vu l’apparition de nouveaux mots.

Le confinement est pour l’instant le meilleur remède connu à cette pandémie de coronavirus. Cela a été testé avec succès dans certains pays, asiatiques notamment, et d’autres pays dans le monde sont en train d’en faire l’expérience. On dit que plus de 3 milliards de personnes dans le monde vivent en confinement en ce moment (dans 80 pays ou territoires).

Le confinement et les précautions à prendre face à cette maladie (comme par exemple éviter les salutations en se touchant ou se laver les mains régulièrement) bousculent le mode de vie et les habitudes des malgaches, adeptes de la promiscuité. Et le fait que l’eau courante, cette denrée très primaire, soit encore difficilement accessible à une grande partie de la population est une source d’inquiétude.

Se laver les mains

J’ai appris qu’il faut compter 20 secondes au minimum pour bien se laver les mains (« avec du savon » bien évidemment). Il faut même compter plus de 40 secondes selon l’OMS. Se laver les mains sans savon, c’est comme ne pas se laver les mains du tout, car c’est le savon qui détruit le virus sur les mains. Jusque maintenant, à Madagascar comme dans d’autres pays africains, les campagnes pour se laver les mains étaient destinées à la lutte contre les maladies diarrhéiques. Mais aujourd’hui ces campagnes ont pour but de combattre la propagation des virus, pas seulement le coronavirus mais toutes maladies virales, comme la grippe saisonnière par exemple.

Une chose difficile aussi : c’est d’éviter de se toucher le visage. Les virus arrivent facilement sur nos visages à cause de nos mains ! Le risque c’est que le virus entre alors dans les orifices du visage, la bouche, le nez et les yeux, et si c’est le cas, on est contaminé. Savez-vous que nous touchons notre visage instinctivement 20 fois par heure ? On ne s’en rend pas compte mais toutes les études le démontre. D’où l’importance d’avoir un gel hydroalcoolique avec soi lorsqu’on est en déplacement pour pouvoir désinfecter régulièrement ses mains ! Cela est important aussi car nous risquons de toucher des surfaces infectées (table, poignées de porte…), il faut donc pouvoir désinfecter ses mains le plus souvent possible.

Le confinement

En France le slogan est « Restez chez vous », à Madagascar on a la traduction en malgache : « Mijanona ao an-trano »

Le confinement, c’est vraiment un défi psychologique, car on doit rester tous ensemble à la maison pendant longtemps et la majorité des familles malgaches n’ont jamais vécu ainsi, c’est propre à cette crise sanitaire. En confinement le temps semble s’arrêter. Généralement, nous arrivons à le faire le temps d’un week-end, et on ne compte pas les vacances à la mer car là c’est différent, parce-que les vacances sont une période de joie et de divertissement. Mais aujourd’hui, avec la crise du Covid-19, on est tous bloqués à la maison pour au moins un mois, donc ce n’est pas évident.

Les chinois ont vécu un confinement de 2 mois, de fin janvier jusqu’à fin mars. Ils l’ont fait mais ça n’a pas été facile, on peut lire sur internet des articles qui relayent des anecdotes sur la difficulté du confinement, notamment en ce qui concerne la vie de famille : les couples qui ne s’entendent pas, les disputes, et les demandes de divorce qui ont augmenté après le confinement !

Maintenant vous êtes prévenus, pensez à gérer vos émotions en ce début de confinement si vous voulez éviter d’ajouter une crise sentimentale à la crise sanitaire.

BON CONFINEMENT A TOUS.

Lien du podcast: https://anchor.fm/rijaniaina-madagascar/episodes/Mon-message-par-rapport-au-choc-psychologique-du-confinement-ec4u4k


Confinement : J+8 de télétravail à Madagascar

[Transcription podcast]

Aujourd’hui lundi 30 mars 2020.

Cela fait 10 jours que l’existence de 3 premiers cas confirmés de malades de la COVID-19 a été confirmé à Madagascar et cela fait 7 jours que le confinement des 2 villes la capitale Antananarivo et Toamasina a été décrété. D’autres villes sont également entrées en confinement depuis ce jour-là.

Le confinement et en plus l’état d’urgence sanitaire créent un bouleversement auquel le secteur privé ne s’est pas du tout préparé. Les agents de l’État par exemple malgré un long confinement recevront leurs salaires en totalité. Par contre, le secteur privé est face à un casse-tête. Le secteur de l’offshore et de l’outsourcing informatique notamment en développement d’applications informatiques a décidé de mettre leurs employés en « télétravail » depuis le début du confinement le lundi 23 mars dernier. Les employés de ces entreprises en informatique ont emmené leurs ordinateurs à la maison et leurs employeurs fournissent à chacun une connexion internet de quelques giga-octets suffisants à leurs tâches. Et de temps en temps, l’administration de ces boîtes check si leurs employés sont bien présents dans le créneau exigé de 8 heures par jour la durée légale du travail à Madagascar.

Quelle nouvelle aventure professionnelle ! C’est un grand essai à Madagascar. Le TELETRAVAIL n’est pas un mode de travail assez connu à Madagascar. Ces entreprises passées en télétravail avaient senti la menace d’arrivée imminente de la pandémie à Madagascar depuis début mars, elles ont donc réservé financièrement une caisse destinée à supporter la possibilité de mettre des milliers d’employés en télétravail.

Milliers ?

En effet, je vous cite un exemple : une entreprise qui s’appelle « eTech Consulting » se vantait via leur page Facebook d’avoir migré en télétravail plus de 400 employés qui travaillent maintenant chez eux. Une dizaine d’autres boîtes employant également des centaines de techniciens et d’ingénieurs en informatique ont fait pareil. Ce qui indique qu’il y a en ce moment des milliers de personnes en télétravail connectés à internet en ce moment.

Les informaticiens sont un métier plus ou moins privilégié dans cette situation de confinement où d’autres nouveaux secteurs comme les CALL CENTER ou centre d’appels à Madagascar ne peuvent pas le faire car leurs activités ne peuvent pas se faire sur une infrastructure de télécommunications ordinaire.

On est à J+8 le 8ème jour de télétravail en ce moment.

C’est bizarre de ne plus voir physiquement ses collègues de travail, les discussions durant les pauses se font désormais via les outils numériques comme Skype, Facebook Messenger, Slack ou WhatsApp tout en faisant attention que la connexion internet ne devrait être utilisée qu’à des fins professionnelles. Parfois, l’appartement où l’employé vit n’est pas adapté à une concentration professionnelle : on entend les bruits des voisins, les enfants les sollicitent car eux aussi ils sont à la maison en vacances forcées pour cause du coronavirus.

Crédit photo: auteur anonyme sur Facebook

C’est un changement, un très grand changement !

Le télétravail a juste commencé, on ne sait pas si ce sera le meilleur mode de travail à Madagascar, pour les quelques privilégiés qui peuvent le faire en ce moment. Est-ce que ce sera le futur du monde du travail ??? Je ne sais pas.

Je ferai un autre podcast sur la situation du télétravail à J+30 c’est-à-dire à un mois du confinement pour cause de la COVID-19 !

Écoutez le podcast audio sur ANCHOR: https://anchor.fm/rijaniaina-madagascar/episodes/Tltravail–Madagascar-en-ce-temps-de-confinement-ec4q5e