Fuite de cerveaux : quand nos talents s’envolent ailleurs

Article : Fuite de cerveaux : quand nos talents s’envolent ailleurs
Crédit: moi-même (Rijaniaina)
17 décembre 2024

Fuite de cerveaux : quand nos talents s’envolent ailleurs

Je regarde autour de moi sur Facebook, Instagram et LinkedIn. Je regarde des connaissances, les génies qui gagnent les hackathons que j’ai organisés, et dont j’ai été coach. Ces jeunes entrepreneurs brillants voulaient développer notre pays, Madagascar. Depuis, ils ont fait leurs valises. Destination l’Europe, le Canada, les États-Unis. Des terres promises où chacun affirme qu’il reconnaît la valeur des compétences.

Je les comprends et je n’ai pas le cœur de leur en vouloir. À Madagascar, chez nous, malgré l’ingéniosité, malgré les projets et les bonnes idées, tout semble plus lourd. Monter une start-up à Madagascar ? Il y a un environnement qui pousse parfois à abandonner.

Je vois des amis des réseaux sociaux qui partent, mais ne le font pas de gaieté de cœur. Ils partent parce qu’ils ont le sentiment qu’ici, on ne pourra pas leur offrir ce qu’ils méritent. Alors, ils s’exilent. Je pense à ces champions de concours de projets, ces majors de promotion dans leurs universités. Ils n’ont pas tardé à être repérés par de grandes entreprises étrangères. Ici, il n’y a pas de garantie que leur potentiel va être considéré.

« Restez » est facile à dire…

On entend souvent dire : « Pourquoi partir ? Restez, construisez ici ! » Comment convaincre les ingénieurs, les infirmiers et les développeurs informatiques de rester quand leur avenir semble si bouché ? Ils sont rongés par le manque de perspective d’un futur florissant du pays. Alors, ils s’en vont. Madagascar perd ses cerveaux, surtout ses rêveurs.

Il existe un mal qui gangrène le pays, un sujet dont on ose rarement parler tant il semble enraciné dans nos habitudes : la corruption. Pourtant, elle figure toujours parmi les cinq principales raisons qui poussent mes amis à partir.

Je rêve d’un Madagascar qui attire

Chiffre très alarmant : plus de 50% des Malgaches qui étudient à l’étranger ne reviennent plus dans le pays à la fin de leurs études ou de leurs stages. Je rêve d’un pays où ceux qui partent ont envie de revenir. Un pays où nos champions de hackathon peuvent créer leur propre entreprise sans avoir besoin de traverser l’océan pour réussir. Un pays où un jeune infirmier peut choisir d’aider les malades ici, chez lui, sans regret, avec un salaire adéquat.

En cette fin d’année 2024, je me surprends à devenir songeur. C’est sans doute ce qui m’a poussé à reprendre la plume après plus d’un an de silence. Ce billet, qui marque mon retour, n’est qu’une introduction : dans le prochain, je partagerai les témoignages de ceux qui sont partis.

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Commentaires

Tony
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Super article, révélateur d'une situation qui se passe partout en Afrique Noire.

La fuite des cerveaux, c'est malheureusement la perte des pépites d'une nation, dont le savoir et les efforts serviront à bâtir une autre nation que la leur

Tsilavomiarina
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Vous exprimez si bien ce sentiment que beaucoup ressentent par rapport à la situation actuelle du pays.

Mais sinon, quand ces témoignages pourraient-ils être lus? Je ne les trouve pas encore sauf erreur de ma part. Cela m'intéresse beaucoup.

Merci d'avance de votre réponse.