Les sénégalais aiment construire

J’avais commencé mon blog aventure sur Dakar par une comparaison entre Antananarivo et Dakar, deux villes africaines qui d’un côté se ressemblent mais d’un autre côté Dakar connait une certaine prospérité dans son urbanisation depuis ces dernières années. Ce que j’ai remarqué en arrivant à Dakar ce sont ses longues autoroutes or il y a également des tronçons d’autoroutes en construction. J’ai remarqué également les buildings en construction, on en voit presque tous les 100 mètres.

A Dakar, on a parlé de riz (là les mondoblogueurs ont un petit peu exagéré). On a parlé de ces chauffeurs de taxi ou des vendeurs qui nous saoulent par leurs manières de procéder. Serge Katembera a parlé de son café horrible (café Tou…  quoi) etc.

J’ai trouvé Dakar calme et prospère, René Jackson ne dirait pas le contraire :

Je souriais quand elle s’est attaquée avec véhémence au désordre manifeste des citoyens de Dakar. Quand elle décriait leur incivisme notoire. J’ai souri longtemps pendant qu’elle parlait. J’ai fini par lui dire : « si vous considérez que Dakar est une ville de hors-la-loi, je vous déconseille vivement de mettre un jour les pieds à Douala ».

Building en construction

Image d’un immeuble en construction à Dakar. Crédit photo: Rija R.

J’avoue que j’étais un peu comme un paysan qui va en ville pour la première fois en allant à Dakar, j’ai laissé tomber tous les  préjugés que j’avais des villes africaines. J’aime ma ville (Antananarivo) mais je suis retourné avec le cœur brisé dans une capitale où il y a une absence totale de plan d’urbanisation, il y a tellement de choses à changer.

La première question que j’ai posé à Monsieur Sané et Madame Ba membres d’une modeste famille dakaroise que j’ai interviewés c’est: « Comment expliquez-vous ces immeubles en construction que je vois partout à Dakar ? »

et leur première réponse est: « les sénégalais aiment construire ».

Qui construisent ces immeubles?

Selon eux, ce sont les sénégalais qui se sont immigrés dans d’autres pays qui construisent ces immeubles, ils travaillent dans les pays aux alentours mais il y en a même en Côte d’Ivoire et au Congo. Ils gagnent beaucoup mais selon une autre source, il s’avère aussi que beaucoup de sénégalais occupent des hauts postes à l’ONU et dans d’autres instances internationales.

Dakar s’urbanise, il n’y aura plus de place pour les baraques et les petites maisons. Les quartiers que l’on peut considérer comme des bidonvilles commencent à disparaître petit à petit. Face à cette situation, les propriétaires vendent leurs baraques pour s’installer ailleurs. Les promoteurs immobiliers sont les preneurs: ils rasent les petites maisons pour y ériger des immeubles où les appartements se louent à des prix pas à la portée de toutes les bourses.

Rumeurs sur la source d’argent de cette prospérité

Autoroutes de Dakar filmées à 19h du soir

Autoroutes de Dakar filmées à 19h du soir. Crédit photo: Rija R.

On m’a aussi dit que ce sont aussi les anciens dignitaires qui sont les propriétaires de certains buildings en construction. L’ancien président Abdoulaye Wade a beaucoup contribué dans l’urbanisation de Dakar mais le problème c’est qu’il y avait beaucoup de détournements de fonds publics durant ses mandats. Mais bon, je ne connais pas les péripéties politiques du Sénégal donc je ne m’engage pas dans cette voie-là. A propos des sources de financement de cette prospérité « immobilière », j’ai entendu : le maire Khalifa Sall y travaille beaucoup, c’est l’argent des immigrés, c’est l’argent des anciens dignitaires du régime ainsi que c’est l’argent du trafic de drogues dans le pays voisin Guinée Bissau mais je m’arrête encore là pour éviter toute accusation de fausses déclarations qui pourrait me coûter une interdiction de fouler le sol du Sénégal.

Il faut aussi reconnaître que le Sénégal bénéficie toujours des aides de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire Internationale (FMI) ainsi que d’autres bailleurs de fonds.

Revers de ce développement

Le revers du décor dans cette urbanisation selon mes interviewés c’est que les dirigeants ne tiennent pas compte de la réalité africaine où l’on aime vivre en communauté : les parents ont beaucoup d’enfants, les grands-parents, les oncles et les tantes aiment vivent sous le même toit. Dakar n’échappe pas au phénomène de l’exode rural qui sévit partout en Afrique: la population de Dakar effleure les cinq millions (3 215 255 habitants en 2011 selon Wikipédia), beaucoup de gens venant de Thiès et de Kaolack par exemple se sont émigrés ici.

On constate aussi la venue de beaucoup d’étudiants africains à Dakar. Il y a beaucoup d’universités privées à Dakar qui coopèrent avec de grandes universités en Europe et au Canada mais l’université publique Anta Cheikh Diop reste bien réputée en Afrique.

Bidonville Niarry Tally

Des baraques dans le quartier de Niarry Tally. Crédit photo: Rija R.

Toute cette prospérité a un prix, c’est que la vie est devenue chère à Dakar. Le prix du loyer a par exemple doublé en quelques années avec ce remplacement des baraques par des buildings dans les quartiers populaires comme à Niarry Tally où j’ai effectué mon reportage : une chambre d’étudiant coûte 30 000 CFA à 50 000 CFA, il faut débourser au minimum 110 000 CFA pour avoir un studio.

Bref, Dakar n’est pas mal pour s’y installer.

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Rijaniaina
Je suis un néo-rural du numérique (autrement dit « blogueur ») résidant à Gasikara (Madagascar). De métier, je suis un concepteur de projets d'applications informatiques : gérer une équipe de programmeurs est un métier qui n'est pas de tout repos. Dans mon pays, rien ne bouge mais j'aimerais la faire bouger!

5 Commentaires

  1. Oui c’est un peu de tout … de Colombie même!

    J’étais effectivement un peu étonné de la prospérité de Dakar vu que le Sénégal est un pays sans ressources enrichissantes comme le Cote d’Ivoire qui se développe en tout cas ou bien le Congo et Madagascar riches en sous-sol mais toujours dans la m…

  2. Le tourisme est aussi une grande source de revenue au Sénégal.
    C’est vrai que les immigrés investissent beaucoup et des millions de familles sénégalaises vivent de cet argent qui vient de l’extérieur. Y a qu’à voir le nombre de bureaux de western union et de money gram par rues. Dès fois, même pas 100 mètres les séparent !

  3. Merci Nathalie pour cette autre précision!

    En effet, j’ai remarqué cela à Dakar: Western Union et MoneyGram à chaque coin de rues.
    J’ai effectivement un peu oublié de mentionner le « tourisme » dans mon billet!

  4. il y a une petite faute de frappe dans le texte ! c’est « tronçons d’autoroute » et non pas tronchons ! Sinon je pense que le boom des constructions (et aussi de l’économie) s’explique par le fait que malheureusement depuis quelques années nous sommes l’un des rares pays stables de la sous région. Depuis les troubles en CI, en guinée et au mali, Bcp d’investisseurs , d’organismes et d’expatriés se rabattent sur le Sénégal pour sécuriser leurs placements. En gros le malheur des uns fait le bonheur des autres ! Le revers de la médaille c’est le coût de la vie qui augmente de manière exponentielle !

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