Rijaniaina

Récit de voyage: RDC vs Madagascar

J’ai récemment voyagé dans quelques pays africains ce début d’année 2017 et depuis que ce blog ait été renommé « Madagascar rien ne bouge », je n’ai pas écrit de billets à ce propos. Eh bien, c’est le moment.

Mon dernier voyage était en République Démocratique du Congo, plus exactement dans la partie Est du pays. La beauté d’un pays je la mesure par sa nature c’est-à-dire sa biodiversité et non pas par ses infrastructures et ses bâtiments. Ainsi, la RDC est pour moi un très beau pays autant que Madagascar : deux pays avec des paysages à couper le souffle, de vraies attractions à touristes mais malheureusement ce n’est pas le cas.

Deux pays très riches en ressources naturelles

Lisez les pages Wikipédia concernant ces deux pays RDC et Madagascar pour savoir qu’ils ont un sous-sol très riche. Madagascar = pierres précieuses, gisements pétroliers (onshore et offshore), uranium, ilménite, nickel, cobalt, niobium, fer etc. La RDC = cuivre, cobalt, diamant, gaz méthane, or, bauxite, manganèse, schistes bitumeux, charbon, coltan etc. Effectivement, le Congo démocratique est le fournisseur mondial du coltan, ce minerai important dans la fabrication des téléphones portables. Cette richesse presque unique de ce pays ne le rend pas ce pays aussi riche qu’il le devrait, ce serait même la cause des guerres civiles permanentes à l’ouest du pays jusqu’à le surnommer : le minerai du sang.

Avec toutes ces ressources, la RDC et Madagascar font encore partie des moins développés au monde : selon un dernier classement de la Banque Mondiale basé sur le PNB par habitant, RDC est la 10ème nation la plus pauvre au monde et Madagascar est la 5ème.

Corruption

Je ne vais pas trop parler de l’existence ou non de la corruption en RDC mais les tentatives de me soutirer des dollars à l’aéroport international en sont la preuve : les Bobs à badges qui essaient de t’aider en disant des montants plus élevés et des frais inexistants. Les Congolais avec qui j’ai travaillés confirment l’existence de ce problème dans ce pays.

Je connais mieux le problème de la corruption dans mon pays qu’est Madagascar. Le dossier chaud durant mon séjour en RDC était lié à une enquête pour corruption d’une richissime femme d’affaire malgache [lien RFI] à la fois conseillère spéciale du Président de la République qui était en pseudo-évasion à l’Ile Maurice, officiellement en évacuation sanitaire là-bas mais désormais rapatrié dans un hôpital du pays. Le Syndicat des magistrats ainsi que plusieurs membres de la société civile avait demandé l’extradition de cette dame. Elle ne serait plus aussi intouchable qu’elle l’était mais laissons maintenant la justice faire son travail. A Madagascar, il y a un site web où l’on peut dénoncer anonymement [lien RFI] des actes de corruption : les statistiques montrent que presque tous les secteurs en sont gangrenés commençant par la police de la circulation routière, en passant par la justice et surtout dans l’éducation elle-même.

Manque de volonté de nos dirigeants

Montage photo – Wikimédia

La décadence d’un pays ne peut selon moi être imputée qu’à son instance dirigeante et aussi à l’inaction des élites. C’est comme si nos dirigeants n’ont aucune vision d’avenir pour leurs pays. Les deux pays semblent avoir les mêmes problèmes : ils n’appliquent jamais les solutions évidentes pour développer leur pays et sortir leurs pays de l’impasse. La RDC devrait élire un nouveau dirigeant au mois de décembre de cette année mais la situation ne semble pas mener vers cet objectif et pour Madagascar ce sera l’année prochaine : il sera grand temps de ne plus élire de lamentable dirigeant improvisé !

Les gens me parlaient de l’exemple du basketteur congolais Dikembe Mutombo qui jouait à la NBA : il est venu financer la construction d’un petit hôpital, il a souffert avant d’avoir pu réaliser ce projet d’hôpital, on lui aurait mis des bâtons dans les roues, ce genre de situation décourage beaucoup d’investisseurs qui veulent venir en RDC.

Délestage de courant électrique (et d’eau)

Barrage Inga 1 – Wikimédia

Dans les pays que j’ai sillonnés récemment, je peux affirmer que le délestage est le mal commun de beaucoup de pays africains. La longue coupure de courant fait presque partie de mon quotidien à Madagascar. Et je ne pensais pas revivre cela dans un autre pays mais ce fût le cas en RDC, le délestage y fait également rage : cela peut durer plus de dix heures par jour de coupure dans certain endroit de Kinshasa.

Je trouve cette situation très triste pour ce pays ayant le plus grand potentiel hydro-électrique au monde. Le fleuve Congo qui traverse à la fois l’hémisphère nord et sud et est arrosé tout au long de l’année possède un flux presque constant d’eau peut servir à abriter le plus grand barrage hydroélectrique dans le monde et fournir l’électricité à toute l’Afrique. Il s’agit des barrages d’Inga dont la maintenance n’étant pas bien assurée, ils fonctionnent à capacité réduite.

Pour terminer, les embouteillages et l’incivilité dans la circulation routière, c’est le même désordre à Kinshasa qu’à Antananarivo. C’est également le même problème à Conakry l’autre capitale africaine que j’ai récemment visitée. L’état de la plupart des ruelles et des routes je n’en parle même plus. Pourquoi en est-on arrivé à ce point en RDC et à Madagascar ??


Bienvenue à Antananarivo, 3 faits sur cette ville

Antananarivo, la capitale de Madagascar, s’est fait un peu connaître avec le dernier Sommet de la COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) au mois d’octobre dernier. Mais ce mois de novembre, la ville sera de nouveau au centre de l’attention avec le 16ème Sommet de la Francophonie.

  • Connaissez-vous Antananarivo ?

Nombreux sont les Mondoblogueurs qui ont déjà griffonné des billets sur cette ville que j’aime faire bouger : ils sont des locaux ou des expatriés qui ont travaillé au pays ou bien des touristes de passage.

Antananarivo est une mégalopole qui a besoin d’un sérieux lifting. Si je la comparerais à « une fille », elle ne serait ni jolie ni sexy mais c’est une fille dont vous pourriez tomber facilement amoureux. C’est ainsi que je présente les derniers billets en date sur #Antananarivo, ceux du Mondoblogueur Roger Mawulolo : Tongasoa* à Antananarivo, mon amour (Partie 1 & Partie 2).

Encore un autre, cette fois d’une Mondoblogueuse de passage dans la ville : à la découverte d’Antananarivo ! L’un des blogueurs qui tague souvent #Antananarivo dans ses publications, c’est d’Andriamialy. Rien de mieux qu’un de ses riverains pour la décrire. Voici un de ses articles : Antananarivo, la patiente. Et enfin, le premier billet sur la plateforme de Soahary, une blogueuse malgache : Chez moi c’est Antananarivo.

Je reviens avec un angle banal: un angle « touristique » de cette ville, la capitale de l’un des 10 pays les plus pauvres au monde (selon la Banque Mondiale). Ainsi, je vous présente trois (3) faits sur Antananarivo ; oui uniquement trois, cela devrait suffire. Et en bonus à la fin de ce billet, je vous laisse contempler la capitale de Madagascar d’en haut à travers des vidéos filmées par des drones partagées sur Youtube.

  • 1) Le Rova (ou « Palais de la Reine »)

Si vous n’avez pas visité ce lieu historique de Madagascar, c’est un peu comme si vous n’étiez jamais passé à Antananarivo.

C’est comme venir à Paris et ne pas aller voir la Tour Eiffel :

Vous êtes venus à Antananarivo et vous n'avez pas visité le "Rova"
Vous êtes venus à Antananarivo et vous n’avez pas visité le « Rova »

C’est juste une blague! Je vous invite seulement à visiter ce monument visible de loin :

Rova/Palais de la reine (Manjakamiadana) sous construction, janvier 2010. Crédit photo: Alain Rajaonary
Rova/Palais de la reine (Manjakamiadana) sous construction, janvier 2010.
Crédit photo: Alain Rajaonary

Cet ancien palais royal malgache culmine au sommet de la colline d’Antananarivo.

Le pays vient de commémorer ce mois-ci, le 5 novembre plus exactement, l’incendie criminel d’il y a 21 ans (en 1995). 4. Sa reconstruction est encore en cours.

  • 2) Ses moyens de transport en commun: ses fameux « taxi-bé »

Montage photos - Les taxi-bé d'anciens fourgons Mercedes Sprinter et des minibus du japonais Mazda
Montage photos – Les taxi-bé d’anciens fourgons Mercedes Sprinter et des minibus du japonais Mazda

Effectivement, la plupart des « taxi-bé » sont d’anciens fourgons (« Mercedes Sprinter ») aménagés.

D’ailleurs, les taxis de la Commune d’Antananarivo sont encore majoritairement composés de vieux modèles comme les 2 CV de la marque Citroën et les 4L de la marque Renault.

  • 3) Rizières et cressonnières en pleine capitale

Antananarivo est l’une des rares capitales dans le monde où la culture de riz et de cressons se font encore. Vous y pouvez encore admirer des rizières et des cressonnières:

photos-rizieres-600px

Enfin, quelques vidéos pour découvrir la ville :


Apprendre à des seniors à utiliser internet

Je reprends la plume pour écrire un article qui a l’allure d’un tutoriel informatique « pour les nuls ». Je vous partage une expérience que j’ai vécue récemment en formant des  personnes âgées à utiliser internet : de comment se connecter jusqu’à Facebook. J’ai présenté la formation depuis un tableau blanc, feutre à la main.

Pour commencer, j’espère que ce n’est pas insolent voire discriminatoire de catégoriser les 60-70 ans de « senior » ? Dans un pays où l’espérance de vie est inférieure à cette fourchette-là, avoir plus de 60 est considéré comme « vieux ». Avec 30% de la population malgache étant analphabète, la réduction de la fracture numérique n’est pas près de devenir une priorité étatique. Toutefois, le ministère chargé du numérique mène son combat sous le slogan « le numérique, moteur de la diversité ». L’essor de l’usage d’Internet ne fût pas aussi rapide comme l’était l’adoption du téléphone portable dans un pays où la plupart des gens possède un téléphone portable. En effet, l’accès à Internet à Madagascar demeure problématique. Eh oui, moins de 5% des Malgaches savent effectuer des activités sur internet : ce faible taux de pénétration est d’ailleurs composé essentiellement de jeunes, les plus âgés (les seniors) semblent ne pas s’y intéresser.

apprendreinternet_tableaublanc

Certes, il n’est jamais trop tard pour apprendre à utiliser Internet, mais l’apprendre à des seniors ce n’est pas une mission facile. J’ai formé des fonctionnaires retraités âgés entre 60 et 70 ans sachant déjà un peu se servir d’un ordinateur juste avant leurs départs en retraite. [Cliché] Un fonctionnaire ne sachant pas jouer à Solitaire/Freecell, ça existe ??? « Plus insolent que cela, tu meurs !! »

rija_internet_explication

Définition de l’internet

Pour entamer l’apprentissage, je débute par le commencement : qu’est-ce que c’est INTERNET ? J’ai commencé par les définitions standards dans les dictionnaires, plus exactement par deux définitions : la première tirée de Larousse et la seconde de Wikipédia. Mais je ne m’attarde pas sur ces définitions, j’enchaîne immédiatement par : « Internet c’est l’ensemble de tout ceci : Google, Facebook, Youtube, Skype, Instagram, Whatsapp, Twitter, Envoyer/Recevoir des e-mails… et d’autres millions de services, des milliers de services se créent tous les ans voire même tous les jours ». J’imagine bien que la plupart d’entre vous qui me lisent ont sûrement appris à utiliser internet sans jamais méditer sur des définitions. Pour la génération qui a grandi avec Internet (personnes nées entre 1985 et 2000), l’Internet a grandi avec eux. Chez les très jeunes surtout, c’est psychologiquement naturel pour eux d’appréhender les nouvelles technologies. Il ne faut pas s’étonner de nos jours de voir un enfant de 5 ans manipuler aisément un smartphone.

Le souci avec les seniors c’est qu’ils abandonnent mentalement, se disant que ce n’est plus de leur temps et que c’est seulement pour les jeunes. Ce qui est totalement faux, surtout de nos jours où l’on peut naviguer sur Internet depuis une multitude de supports : ordinateur, tablette numérique, smartphone et simple téléphone portable. Internet rime avec « accès à l’information » : jeune ou vieux, on voudrait toujours être informé.

Internet, réseau des réseaux Crédit : Mozilla Foundation
Internet, réseau des réseaux Crédit : Mozilla Foundation

Mes élèves d’un jour risquaient de me hurler d’un moment à l’autre : « trêve de blablabla, dis-nous comment avoir internet sur cet ordinateur ! », car ils ont amené leurs ordinateurs portables et leurs tablettes.

Comment connecter ces supports à Internet ? Que faire pour que ces supports aient un accès à Internet ?

De nos jours, nous pouvons connecter plusieurs types d’appareil à internet (ordinateur, tablette numérique, smartphone ou simple téléphone). Ces appareils doivent ensuite se situer dans un réseau informatique/de télécommunications pour se connecter à internet : réseau local connecté, Wifi, 3G, 4G, ADSL, Fibre optique, Wimax, FH, etc. Il y a une multitude de technologies au choix, cela varie  selon la région ou le pays.

Un FAI c’est quoi ? Fournisseur d’Accès à Internet. Ce sont les entreprises qui permettent à leurs abonnés de se connecter à Internet. A Madagascar, ce sont les opérateurs de téléphonie qui sont les FAI, il y en a donc quatre, à savoir Telma (et Moov), Airtel, Orange et Blueline.

Pour se connecter à internet, un européen me dirait : il suffit de prendre un abonnement internet chez un FAI qui va vous fournir un « box » par la suite. Et ben, à Madagascar comme sur le continent africain : plus de 95% de la clientèle achètent des forfaits prépayés, les abonnements (postpayés) n’intéressent pas grand monde faute de pouvoir d’achat et de stabilité financière. De plus, ce fût une formation d’un jour donc pas besoin d’un abonnement : chacun achète un forfait que l’on appelle dans le jargon technique un « bundle » valide pour une journée de connexion chez leur opérateur.

Forfait que j'ai prépayé ce jour-là
Forfait que j’ai prépayé ce jour-là

Quel opérateur fournit le Wifi comme offre ? Et c’est quoi Wifi ?

Lequel d’entre vous a déjà eu à expliquer ce qu’est le « Wifi », diminutif du terme « Wireless Fidelity »  à quelqu’un ? C’est quelque chose que nous avons peut-être compris presque naturellement (comme le Bluetooth) mais c’est tellement compliqué de l’expliquer à un senior, surtout avec le fait que l’un de mes formés avait une tablette dont la seule connectivité externe est le Wifi, pas de 3G/4G => il a fallu que l’un d’eux partage sa connexion :

Un des élèves devait partager sa connexion 3G
Un des élèves devait partager sa connexion 3G

D’ailleurs, le Wifi n’est pas une technologie pour se connecter à Internet mais une technologie permettant aux maillons d’un réseau de s’interconnecter de manière « sans fil » (= wireless en anglais), et si ce réseau est connecté à Internet c’est là que l’appareil le pourra également.

Les Hot Spots Wifi ? Des fournisseurs de services ainsi que des opérateurs téléphoniques mettent en place la connexion Internet sans fil dite « nomade », permettant de se connecter à Internet dans leur show-room, dans la rue, au restaurant, dans un aéroport et même dans un train. Et il y en a des hot spots libres d’accès.

Maintenant, qu’est-ce que l’on peut faire sur Internet ?

Maintenant, il est affiché sur leurs laptops et leurs tablettes qu’ils ont une connexion internet. Ils veulent donc s’atteler à l’utilisation proprement dite d’Internet.

Internet activé sur une tablette sous Android
Internet activé sur une tablette sous Android

Leur notion d’Internet est influencée par ceux qu’ils voient à la télé : le support numérique le plus apprécié des seniors. « Comment avoir accès à Facebook ? », « Montrez-nous comment utiliser un hashtag ? » oui carrément, etc. Doucement, doucement on va voir tout cela pas à pas.

« On veut visiter le site web de … ? ». Enfin, la bonne question : je passe alors à l’explication d’une adresse internet, d’un serveur web et d’un navigateur web ! « Et l’adresse e-mail c’est pour quand ? ». Vieux mais indétrônable, apparu au tout début d’internet, le courrier électronique reste toujours l’un de ses services les plus usités. « Je ne sais quel site web visiter !? », cette question/exclamation est également arrivé au bon moment car la diapositive suivante était effectivement sur « Google » : j’avais décidé d’être partial, je voulais leur éviter un mal de tête avec le refrain « les moteurs de recherche, il y a d’autres alternatives ! ».

Finalement, ma journée n’a pas été si éprouvante que cela : les seniors n’ont pas l’aisance de prise en main des « nouvelles technos » comme les enfants mais ils ont une capacité d’écoute active.

Pour terminer, je leur ai présenté cette infographie qui montre les millions d’activités qui se produisent sur internet chaque minute, c’est hallucinant :

internet-minute-2016
Crédit: www.excelacom.com


Vers la gratuité de l’internet ?

Un débat sur l’utilité ou non de Free Basics doit-il avoir lieu à Madagascar ?

Depuis l’avènement des offres de connexion Facebook avantageuses pour les opérateurs mobiles locaux, nous entendons toujours le même refrain de la part des experts IT : « Internet n’est pas seulement Facebook ». Ces mêmes experts expriment aussi leurs dégoûts de l’offre d’ordre philanthropique Free Basics by Internet.org : ils disent que c’est une atteinte à la « neutralité du net », c’est de l’accès internet gratuit pour des sites internet sélectionnés par la compagnie californienne, peut-être même que Facebook voudrait se substituer à Internet.

Les notions même de « internet » ou de « neutralité du net », sont inconnues de 97% des malgaches, ils ne connaissent rien de cela et c’est compréhensible quand on sait que notre taux de pénétration internet est de moins de 3%  (chiffres de la Banque Mondiale), mais je pense qu’on est maintenant environ 5% vu le nombre de comptes Facebook basés à Madagascar.

La plateforme Free Basics avantagerait son initiateur et bailleur, c’est sûr, mais nous devons aussi constater que c’est une des solutions au problème du fossé numérique en Afrique (et à Madagascar en particulier). L’abonnement internet est un luxe inaccessible pour les foyers malgaches : un abonnement coûte au minimum 50 dollars dans un pays dont le salaire moyen est inférieur à cela. Plusieurs autres critères font que l’arrivée de Free Basics est une véritable manne pour la découverte d’Internet (Internet à la « Big Brother » certes) : réduire la fracture numérique ne sera pas une priorité étatique d’aussitôt, le taux élevé d’analphabétisme (les gens ne savent même pas lire et écrire) et l’accès à électricité est la véritable priorité étatique.

L’initiative Free Basics est fournie à Madagascar par un nouveau 4ème opérateur téléphonique, lancé au mois de mai dernier. Pour l’instant, il y a quarante-six sites web accessibles depuis le pays dont quelques sites web malgaches :

Publication de bip

Et oui, il n’y a pas que Facebook, nous pouvons aussi nous informer avec BBC Afrique (dommage : pas de RFI.fr pour l’instant),  AccuWeather pour la météo et Supersport pour les actualités sportives, il y a aussi l’encyclopédie participative Wikipédia. D’ailleurs, pourquoi Mondoblog.org ne ferait pas une demande pour intégrer la plateforme ? La procédure est tellement simple :

Mondoblog sur Free Basics, une utopie?
Mondoblog sur Free Basics, une utopie?

Zuckerberg est peut-être en train de coloniser numériquement le « tiers monde » mais soyons suffisamment intelligents pour exploiter ce qu’il offre et savoir dire stop à un certain moment, plus tard.


Les « gasy » polémiquent sur les 4 plus grosses fortunes de l’Île

 

Le magazine Forbes édition novembre 2015 a publié un classement des personnes les plus riches en Afrique subsaharienne « francophone ». Notons que Forbes a déjà publié à l’édition d’octobre un classement des Africains les plus riches avec en première place Aliko Dangote (Nigeria) l’Africain le plus riche du monde mais aucun Subsaharien francophone ne possède une fortune de plus d’un milliard de dollars pour y figurer donc il fallait établir un autre classement spécial avec cette fois-ci comme seuil minimum 200 millions de dollars.

Ce classement a fait le buzz sur les réseaux sociaux malgaches du fait que 4 Malgaches figurent dans ce top 25 mais surtout que ce sont des « karana ». Voici l’image qui a fait le tour des réseaux sociaux et a généré les polémiques :

Scan du magazine Forbes novembre 2015

La nouvelle a généré des centaines de partages et des milliers de commentaires. La plupart des journaux papier de jeudi en ont fait des gros titres. Puis, les émissions radio avec interventions téléphoniques furent ensuite envahies par les polémistes et le sujet se discute maintenant dans les transports et les bistrots.

Je vais vous expliquer ce qu’est un karana pour les Malgaches : c’est une expression xénophobe désignant les communautés originaires de l’Inde et du Pakistan qui étaient déjà implantées à Madagascar depuis le 19e siècle, voire le siècle d’avant. La propriété de l’économie malgache est principalement entre leurs mains. La majorité malgache ressent la même frustration que la population noire en Afrique du Sud par exemple. Un sentiment de karanaphobie existe chez beaucoup de Malgaches.

Autre explication : Les karana ou la communauté d’origine indo-pakistanaise de Madagascar

Le fait que les polémistes dénoncent c’est que les 4 personnes qui figurent dans le Top 25 ne sont pas des Malgaches.

Différence entre un Malgache (dit « gasy » en terme courant malagache) et un non-Malgache

Etre malgache n’est-il pas le fait d’avoir la nationalité malgache et posséder de ce fait la carte d’identité nationale du pays. Normalement c’est la définition mais la notion de nationalité est très chère pour les Malgaches : la naturalisation malgache est une procédure difficile, voire impossible. Pour les polémistes, être malgache c’est être de souche : Madagascar a été façonnée par des peuples asiatiques (Indonésie et Polynésie), Africains et Arabes venant d’horizons divers, les Malgaches parlent une seule langue maternelle qu’est le malagasy (une langue de la famille austronésienne). Voici une photo de l’actuel et des anciens présidents pour voir à quoi ressemble un Malgache :

Les présidents malgaches
Les présidents malgaches successifs

Je reviens sur les noms des 4 Malgaches les plus riches selon le Top 25 de Forbes Afrique :

  • 5e place: Ylias Akbaraly (Madagascar) 710 millions de dollars / Secteur : Conglomérat
  • 6e place: Hassanein Hiridjee (Madagascar) 705 millions de dollars / Secteur : Conglomérat
  • 11e place: Iqbal Rahim (Madagascar) 419 millions de dollars / Secteur : Pétrole
  • 23e place: La famille Fraise (Madagascar) 208 millions de dollars / Secteur : Brasserie-Energie

Ce sont des hommes d’affaires à la tête des plus grands conglomérats et industries à Madagascar. Leurs avoirs et leurs patrimoines se trouvent dans la Grande Ile et leurs sociétés créent des emplois. En fait, les karana ont plutôt le sens inné des affaires et leurs business réussissent bien que cela fait des jaloux. Mais bon, j’avoue que c’est une affirmation gratuite de ma part !

Ces 4 personnalités du classement possèdent au moins une double nationalité. Une question se pose : est-ce qu’ils se sentent plus malgaches ou plutôt dans la peau de leurs autres nationalités ? Là, je lance une autre polémique peut-être oops !

La dernière polémique

C’est le fait que Madagascar est deuxième après le Cameroun dans ce classement en termes de nombre de riches :

  • Cameroun : 9
  • Madagascar : 4
  • RD Congo : 2
  • Sénégal : 2
  • Côte d’Ivoire : 2
  • Bénin : 2
  • Gabon : 1
  • Congo : 1
  • Rwanda : 1

Alors que nous sommes l’un des pays les plus pauvres d’Afrique francophone avec 92 % de pauvres selon la Banque mondiale. La vraie polémique est donc le fait qu’une minorité arrive à amasser une richesse valant des millions de dollars. Un petit calcul donc : 4 personnes à Madagascar totalisent une fortune cumulée d’au moins 2 ,42 milliards de dollars . Le budget annuel du pays ne pèse même pas le quart de cette somme.

Pour moi : vive la relance économique à Madagascar !

« gasy » c’est tout simplement le « Malgache de souche » ! Oui c’est un peu xénophobe!

 


Mondoblog est meilleur que Charlie, ou pas

Je prends la plume ce lundi pour parler de Charlie après des jours de publications similaires sur notre plateforme favorite. Je tiens d’abord à dénoncer ces actes lâches et ignobles du 7 au 9 janvier.

je-suis-charlie-cnn250pxJe n’ai jamais lu un seul exemplaire de Charlie Hebdo, tout ce que je sais de ce journal ce sont les anciennes caricatures blasphématoires qui ont été publiées depuis le 7 janvier. Je ne suis alors ni pour ni contre le phénomène mondial #JeSuisCharlie, j’ai subi seulement subi cet engouement et j’ai même usé une fois de cet hashtag dès le lendemain de l’attentat sans savoir ce qu’est être Charlie ni quel était le but de la personne qui a inventé ce slogan.

Heureusement aucun mondoblogueur n’a créé un hashtag polémique du genre #MondoblogEstCharlie, car je n’aurai pas du tout été d’accord, je n’aurais alors pas pu écrire ce billet.

Mondoblog n’est pas Charlie. A mon avis, Mondoblog est meilleur que Charlie, ou pas (juste pour autocensure)!

JeSuisPasCharlieMondoblog est une plateforme où l’on ose parler plus ou moins ouvertement des sujets sur la religion, l’homosexualité, les débuts de dictature en politique et tout cela grâce à des blogueurs éparpillés sur le globe. Après l’attentat chez Charlie Hebdo, ici on s’est même débattu de #JeSuisCharlie et #JeNeSuisPasCharlie voire #JeHaisCharlie.

Tout de même Mondoblog est une liberté d’expression à la française, car c’est un site français donc soumis aux restrictions françaises.

Je n’ai pas beaucoup d’arguments pour soutenir mon affirmation dans le titre: je lance juste un débat :

Lisez :

Jusqu’à quel point peut-on aimer le prophète Mohammed ?

Vous n’avez pas dit que Mondoblog est aussi Charlie!

Charlie Hebdo : le revers de la caricature

Je suis paix, tolérance et respectueux de la vie humaine : l’islam

Être « Charlie Coulibaly »? … Bah finalement… Pourquoi pas ?

Recto verso : femme, africaine et homosexuelle


Madagascar accueillera le Sommet de la Francophonie 2016

Michaelle_Jean_smallA l’issue du XVe Sommet de la Francophonie  fin novembre à Dakar, on a beaucoup parlé de l’élection d’une femme en la personne de Michaëlle Jean comme nouvelle secrétaire générale de l’OIF en succession au Sénégalais Abdou Diouf qui a marqué la francophonie pendant 12 ans. Certes, c’est une grande première, mais il ne faut oublier l’autre nouvelle : l’organisation du prochain Sommet en 2016 revient à Madagascar, la Grande Ile.

C’est un événement auquel la population malgache ne s’est pas du tout préparée. De plus que, le départ de Hery Rajaonarimampianina vers Dakar n’a pas été médiatisé. A son retour, le président est rentré au petit matin pour s’abstenir de répondre aux questions des journalistes ! Madagascar qui vient à peine de sortir d’une crise qui a duré 5 ans attendait du président, après un an d’exercice d’exercice, d’autres solutions.  Ses préoccupations sont les délestages qui gangrènent les activités économiques du pays, l’insécurité, le chômage, la hausse des salaires, la stabilisation de l’ariary, la corruption, le cas Marc Ravalomanana, etc., et surtout l’organisation de la réconciliation nationale. Autant de sujets loin de la Francophonie.

Et voilà que le président nous ramène autre chose du voyage : un sommet. Madagascar a déjà accueilli un sommet en 2008, mais le coup de force de 2009 a entraîné la suspension de la Grande Île de l’OIF et l’on vient seulement d’être réintégré au début de cette année.

De gauche à droite: François Hollande - Macky Sall - Abdou Diouf - Michaëlle Jean - Hery RAJAONARIMAMPIANINA (Madagascar)
De gauche à droite: François Hollande – Macky Sall – Abdou Diouf – Michaëlle Jean – Hery RAJAONARIMAMPIANINA (Madagascar)
Crédit photo: Rfi.fr (AFP PHOTO / SOW MOUSSA)

Antananarivo est-il prêt pour l’accueillir?

Ce sera sûrement la capitale (Antananarivo) qui va accueillir le XVIe sommet, mais on ne sait pas comment l’État va faire pour pouvoir tenir cette manifestation.

Prenons cette nouvelle d’un point de vue positif, disons que ce sera une sorte d’excitant pour le pouvoir, cela va booster la machine gouvernementale. La population antananarivienne verra un important assainissement et une meilleure urbanisation de la ville. Les embouteillages d’Antananarivo vont peut-être diminuer. Et la réception des invités du Sommet va automatiquement créer des emplois dans le pays.

En outre, la ville aura un nouveau dirigeant l’année prochaine à l’issue des futures élections communales, on votera la personne qui va donner la clé de la ville à Michaëlle Jean à l’ouverture du Sommet 2016. On testera aussi la nouvelle organisation de la capitale pour l’accueil du sommet : un projet de loi polémique de fractionnement de la capitale en 6 communes (= 6 maires pour une seule capitale) sera effectivement soumis au Parlement. Mais arrêtons de voir toujours négativement les changements.

Bien que Hery Rajaonarimampianina ait décidé l’accueil du sommet sans consultation, ce sera une aubaine pour le pays, si on l’analyse bien.

Relation avec la France et les Iles Éparses malgaches

L’accueil de ce sommet ne ravit pas du tout les francophobes et les nationalistes du pays qui y voient encore un essai de main mise de la France sur le dossier Madagascar. Le sujet des Iles Éparses boudées par la France divise encore les deux pays. De plus, le gouvernement français du temps de Sarkozy est le plus souvent cité comme instigateur du soulèvement dirigé par Andry Rajoelina en 2009 conduisant à la déchéance de Marc Ravalomanana. Ce dernier est jugé trop tendance anglo-saxonne, et il s’est ouvert aux nouveaux partenaires comme la Chine, les États-Unis, l’Allemagne au détriment des investisseurs français.

Tout porte à croire que le choix unanime de Madagascar comme pays accueillant le prochain Sommet n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une longue discussion en coulisse.

Site web de l’OIF : www.francophonie.org


Les sachets plastiques seront bientôt interdits à Madagascar

Les sachets plastiques demeurent de véritables problèmes à l’insalubrité et aux canalisations dans les villes. Beaucoup de pays africains commencent à les bannir, la ville de Paris avec madame le maire Anne Hidalgo semble vouloir aller dans cette voie: Anne Hidalgo veut bannir les sacs en plastique. Sur ce, je me souviens également d’un article d’un mondoblogueur togolais sur cela: SACHETS PLASTIQUES, VÉRITABLE DÉFI POUR L’AFRIQUE. Et ben, bonne nouvelle, Madagascar est entrain d’emboîter le pas des pays qui les ont bannis car un projet de décret vient d’être adopté.Le gouvernement malgache a adopté un projet de Décret portant interdiction de la production, de l’importation et de la commercialisation des sachets plastiques sur le territoire de Madagascar.

Dès le 1er Février 2015, l’importation des sachets et des sacs plastiques sera interdite.

La production, la commercialisation mais surtout l’UTILISATION sont interdites à partir du 1er mai 2015.

Dans la ville d’Antananarivo, les sachets plastiques bouchent les canalisations durant la saison des pluies causant des inondations dans les bas quartiers, certaines routes sont submergées aggravant les embouteillages.

Ordures - Quartier des 67Ha. Crédit photo: Rija R. (moi)
Ordures – Quartier des 67Ha. Crédit photo: Rija R. (moi)

Le principal problème avec les plastiques en général c’est qu’ils ne sont pas biodégradables, ils détériorent le paysage pendant des années.

C’est une bonne décision de  la part de nos dirigeants mais c’est également une solution radicale vue qu’il nous sera difficile de s’en passer car on s’en sert quotidiennement. Ce sera une grande opportunité pour des investisseurs qui vont introduire les sacs en papier par exemple. Une nouvelle filière en vue !!!

Voici une photo qui illustre le fait que ce sont les sacs plastiques qui remplissent nos ordures :

ordures_ambondrona
Ordures à Ambondrona. Crédit photo: Mika Razafimbelo.


Madagascar, une destination très touristique

Je reprends la plume pour une petite publicité sur la Grande Île, ce pays si spécial, si unique mais également si compliqué. Avec un contexte favorable notamment le retour de l’Etat de droit, le pays doit relancer son économie, et pourquoi pas par le tourisme comme le fait si bien nos îles voisines de l’Océan Indien comme l’île Maurice qui fait trois fois plus d’arrivées touristiques avec sa petite superficie.

Madagascar est un pays unique par l’endémicité de ses ressources naturelles.

L’office national du tourisme du pays dirait même plus :

L’atout touristique principal de Madagascar réside dans sa faune et flore exceptionnelles qui en font l’un des « spots » de biodiversité parmi les plus précieux de la planète.

Le taux d’endémicité est particulièrement élevé et dépasse très souvent les 80%. Ainsi, vous ne rencontrerez bien souvent à Madagascar des plantes ou animaux que vous ne croiserez jamais plus ailleurs.

Madagascar n’est pas du tout ce qui est montré dans le film d’animation de Dreamworks, le meilleur film qui représente bien le pays c’est le film documentaire sorti au mois d’avril dans les salles de cinéma IMAX des Etats-Unis : Island of Lemurs : Madagascar.

Affiche Island of Lemurs: Madagascar
Affiche Island of Lemurs: Madagascar

Le pays a tellement de lieux à visiter. Avec la cinquantaine de parcs et réserves naturels, aucun ne risque de s’ennuyer. L’ironie c’est que les Malgaches dont moi qui écrive conscients de cette richesse touristique n’ont pas le moyen de ne visiter rien qu’une infime partie de ces parcs nationaux !

Il se déroule en ce moment le salon international du tourisme de Madagascar ou ITFM 2014 pour International Tourism Fair of Madagascar, un rendez-vous annuel des voyagistes internationaux. Le pays vient effectivement de sortir d’une crise de cinq ans (2009 à 2013) et l’on doit ainsi regagner le boom touristique d’avant 2009, voire dépasser le record de 2008.

A part l’écotourisme exceptionnel du pays, il ne faut pas oublier les îles et les plages paradisiaques.

Irina Shayk à Nosy Be. Crédit photo: Sports Illustrated
Irina Shayk à Nosy Be, 2014. Crédit photo: Sports Illustrated

Citons par exemple, Nosy Be (l’île aux parfums), c’est une sous-île malgache qui engrange à elle seule le tiers du nombre de touristes qui viennent au pays. Le top model Iryna Shayk, petite amie du dernier ballon d’or Cristiano Ronaldo a récemment atterri sur l’île pour une séance photo avec le magazine Sports Illustrated.

Après le malheureux incident de lynchage de l’année dernière, la France a classé cette île zone orange c’est-à-dire déconseillé. Des impacts négatifs se fassent ressentir sur l’île. Il est indispensable que cette alerte orange soit levée au plus vite sinon ce sera catastrophique pour le développement de Nosy Be.

Mais bon, c’est peut-être une occasion de mettre en avant les autres localités touristiques de Madagascar.

Bref, Madagascar est le pays à visiter pour la haute saison 2014.

L'allée des baobabs. Crédit photo: Wikimedia - Pat Hooper from Chicago, IL, USA
L’allée des baobabs. Crédit photo: Wikimedia – Pat Hooper from Chicago, IL, USA


Madagascar, le 29 mars 1947: retour sur ce sanglant massacre colonial

Madagascar commémore ce 29 mars le 67e anniversaire de l’insurrection pour s’émanciper du joug de la France. La répression fut terrible, elle s’est faite dans le sang et dans la boue. Selon un bilan officiel de l’Etat français : 89 000 victimes chez les Malgaches; l’un des plus importants massacres coloniaux. Et c’est hallucinant de voir qu’une telle brutalité a ressurgi alors que le monde ne se remettait pas encore de l’horreur des crimes de la Seconde Guerre mondiale.

Monument "29 marsa 1947". Crédit photo: Wikimédia
Monument « 29 marsa 1947 ». Crédit photo : Wikimédia

Rappel de l’histoire

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays colonisés commencent à demander leur indépendance, mais l’administration française s’y refuse. Le principal parti politique de l’époque, le MDRM (Mouvement démocratique pour la rénovation malgache) à travers ses fameux trois députés Raseta, Ravoahangy et Rabemananjara projette de négocier cette indépendance pacifiquement. Ce parti n’est pas l’instigateur de l’insurrection débutant la nuit du 28 mars 1947.

Le soulèvement commence dans le quart sud de l’île et sur la côte sud-est avant d’atteindre la région des hautes terres. Armés juste de sagaies,  de couteaux et de talismans face aux carabines des colonisateurs, les Malgaches se rebellent. Ils prennent aux plantations, aux casernes militaires, mais aussi à des Malgaches travaillant pour l’administration coloniale.

La répression française est des plus sanglantes. Le mot « génocide » peut même être évoqué pour cette sombre partie de l’histoire du pays. Les troupes coloniales renforcées par des « tirailleurs sénégalais » viennent facilement à bout des insurgés. Ces derniers ont été tués lors des affrontements, fusillés sans procès, ou sont morts de faim en prison.

Le nombre de victimes divise encore les historiens. La « pacification » va faire 89 000 victimes chez les Malgaches, selon les comptes officiels de l’État français. Mais l’on sait que les chiffres sont souvent en deçà de la réalité , comme les chiffres donnés par le gouvernement Bachar El-Assad sur le cas de Syrie aujourd’hui par exemple.

La famine frappant les paysans en 1947
La famine frappant les paysans en 1947 © Photo issue de l’exposition de Charles Ravoajanahary sur les “Résistances malgaches” (1981)

Zones d’ombre sur ces événements de 1947

Cette histoire, que l’on nous a appris à l’école est trop élémentaire. Les archives des enquêtes et des procès de l’époque n’étant pas encore « ouverts et accessibles », l’insurrection demeure encore floue pour nous, les jeunes d’aujourd’hui. Le délai de prescription pour l’ouverture des archives est dépassé depuis longtemps non? Tout le monde fait semblant d’ignorer la question.

 « Ny lasa tsy fanadino », cette expression malgache ancienne qui signifie le passé (c’est-à-dire l’histoire) ne doit pas être oublié devrait nous inspirer, mais force est de constater que c’est plutôt : « Ny gasy mora manadino », littéralement les Malgaches oublient facilement. Ainsi la commémoration de ce massacre est en passe de devenir un jour chômé et férié comme les autres.

François Hollande a reconnu devant le Parlement algérien en 2012 que la colonisation française en Algérie avait été  » profondément injuste et brutale » . Quid de Madagascar ?

Procès des 3 députés Ravoahangy, Raseta et Rabemananjara. Crédit photo: Wikimédia
Procès des 3 députés Ravoahangy, Raseta et Rabemananjara. Crédit photo : Wikimédia