Rijaniaina

1 162 512 de doublons de numéros CIN dans la liste électorale (Madagascar)

Les anomalies de la liste électorale ont toujours été dénoncées par la classe politique mais cette fois-ci c’est le vice-président de la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) lui-même qui a annoncé comme une bombe le vendredi 28 février dernier le nombre de doublons touchant plus d’un million d’électeurs dans la liste électorale malgache. Il s’agit de la liste finalisée en 2018 et utilisée durant les 3 dernières élections : les présidentielles premier tour et deuxième tour (novembre et décembre 2018), les législatives (mai 2019) et les municipales (novembre 2019).

Le numéro de Carte d’Identité Nationale (CIN) est censé être un numéro unique par citoyen d’âge majeur (+ 18 ans) alors que dans notre liste électorale on en compte donc 1 162 512. Quelle aberration !! Et en plus, ce n’est détecté que 2 ans après (2018 – 2020).

Plusieurs questions se posent légitimement :

Pourquoi la CENI ne l’annonce que maintenant ?

Est-ce que ces doublons ont été utilisés ? C’est possible de les vérifier en confrontant les listes émargées.

Qu’est-ce que cela implique sur ces 3 élections déjà organisées?

Trop de questions, sans réponses !


Que dira l’Histoire sur le coup d’éclat 2009 [Podcast]

TRANSCRIPTION PODCAST NUMÉRO 2 Je suis là devant le micro. Enregistrement !
Le thème d’aujourd’hui c’est « Que dira l’Histoire sur le coup d’éclat de 2009 à Madagascar ».

Je fais ce podcast suite à un débat politique entre collègues de travail au bureau. Parler de politique à Madagascar est un sujet délicat et moi personnellement je veux d’abord connaître les gens avec qui je discute avant de parler de politique car c’est une source de discorde entre voisins et même entre membres d’une même famille.

Depuis la crise 2009, la politique malgache est cantonnée sur un duel entre 2 personnes Rajoelina et Ravalomanana. Rajoelina a renversé Ravalomanana en 2009 mais le jour fatidique ou plutôt le point culminant de cette histoire c’est la date du 17 mars 2009 où tout s’est vraiment accéléré. Quelques heures auparavant, Ravalomanana a démissionné pour transférer le pouvoir à une Directoire Militaire et en même temps Rajoelina avec ses militaires se sont emparés des palais présidentiels à Antananarivo. Pour connaître la Vérité sur ce qui s’est vraiment passé en 2009 à Madagascar, une chose est sûre il ne faut pas se fier à Wikipédia. Car Wikipédia c’est devenu un terrain de guerre entre les partisans des 2 côtés: les partisans de Ravalomanana écrivent que c’est un coup d’État et de l’autre côté ils modifient ensuite que c’est un changement populaire. Il ne faut pas non plus croire aux médias. Pour les médias nationaux, ils sont tellement divisés qu’il ne faut pas s’y fier et même les médias internationaux l’étaient aussi. On sentait que les médias français d’État étaient … même si ce n’est pas une affirmation étaient pro-Rajoelina et quelques médias en Afrique australe étaient pro-Ravalomanana.

A qui peut-on alors se fier? Cette part de l’Histoire de Madagascar sera donc un recoupement sans fin. Pour se situer, je pense à mon humble avis qu’il faut RETENIR DEUX VERSIONS A JAMAIS de cette crise 2009 notamment sur cette fameuse et fatidique journée du 17 mars 2009. Les pro-Rajoelina diront à jamais que ce fût une « Transmission constitutionnelle du pouvoir de l’Armée à Rajoelina » et à jamais les pro-Ravalomanana diront que c’est un coup d’État tout court car le président français de l’époque Nicolas Sarkozy a avoué publiquement que c’est un coup d’État malgré le fait qu’il a envoyé son nouvel ambassadeur pour déposer sa lettre de créance au nouveau président de la transition à l’époque Rajoelina.

Pour faire le bilan de ce podcast, moi-même je veux rester entre les 2 versions mais en se demandant qu’est-ce que mes enfants vont apprendre à l’école sur cette crise 2009 le mensonge ou la vérité. J’ai la crainte que les enfants apprennent une fausse Histoire de Madagascar. D’ailleurs, c’est déjà un peu le cas sur l’histoire du pays d’avant la colonisation c’est-à-dire au temps des royautés, il y a une partie de l’histoire qui est totalement vraie mais une autre partie douteuse. Avoir une Histoire aussi floue est aussi une cause de la pauvreté à Madagascar. On n’arrive pas à avoir une identité sans avoir une Histoire vérifiée et confirmée.

J’ai peur que l’Histoire de 2009 ait donc 2 versions à jamais. C’est dans cette tristesse que je clôture le podcast d’aujourd’hui. Merci de m’avoir écouté.

Écoutez le podcast audio sur Anchor: https://anchor.fm/rijaniaina-madagascar/episodes/Que-dira-lHistoire-sur-le-coup-dclat-2009-eacv0h


Tout le monde devrait être un leader [Podcast]

PREMIER PODCAST – Voici la Transcription.
Aujourd’hui, je serai spontané. On va parler de Leadership, plus exactement :

Tout le monde devrait être un leader

Sans filtre ! Sans préparation ! Top départ !

Définition … je ne connais pas une bonne définition de leadership. Dans le dictionnaire:

c’est quelqu’un capable de guider, d’influencer et d’inspirer.

Souvent on compare un leader avec un manager ou gestionnaire en français, il y a souvent le débat leader vs manager. Un manager c’est quelqu’un qui a reçu une formation pour concrétiser les projets, quelqu’un qui a un bon sens de l’organisation. De plus, il y a des écoles de formation en management. « Quelqu’un de bien organisé », c’est pour moi un manager.

En matière de leadership, personnellement, j’ai suivi une formation de 2 mois (vraiment 2 mois) en 2017 de formation en leadership avec le programme américain Mandela Washington Fellowship qui est un sous-programme d’un plus grand programme qui s’appelle YALI de l’ancien président américain Barack Obama. Mon leadership a été plutôt orienté business et entrepreneuriat mais un leadership est à peu près pareil qu’importe le domaine.

Est-ce qu’on naît leader ? Pour moi, le leadership est une connaissance acquise. On peut devenir un leader du jour au lendemain avec une bonne initiative ou une bonne formation ou surtout grâce à un mentor. Bien sûr, on peut trouver un grand sens du leadership chez un enfant donc le caractère inné du leadership existe mais à mon avis c’est à moindre mesure. Être leader c’est le QE (Quotient Émotionnel) qui compte plus que le QI (quotient intellectuel). C’est-à-dire qu’une personne intelligente n’est donc pas forcément un leader.


Il y a deux (2) qualités qui d’après mes recherches personnelles sont très importantes en matière de leadership. Ces deux qualités sont:

  • la première c’est le « listening skills » ou capacité d’écoute : il faut savoir écouter les gens, les écouter sans les interrompre et encaisser tout ce qu’ils disent sans broncher car connaître et surtout comprendre les gens c’est une des qualités d’un leader
  • la deuxième qualité à mon humble avis c’est « l’humilité ». Ces 2 qualités sont des qualités d’un « good leader » car il y a aussi la notion de mauvais leadership dont je ne vais pas en parler dans ce podcast. Le sujet d’aujourd’hui concerne le « good leadership » qui apporte du changement positif dans votre communauté ou dans votre pays.

Si je reviens sur le thème d’aujourd’hui que tout le monde devrait être un leader. Je pense que le leadership est quelque chose à vulgariser. Mon analyse des crises à Madagascar c’est que c’est le manque de leadership qui est la cause de la pauvreté extrême de mon pays. La notion de leadership devrait être enseignée à l’école dès le bas âge. Imaginez un peu si tout le monde ait ce sens du leadership, le sens de prendre ses responsabilités: influencer ses voisins, influencer ses colocataires et ses amis vers un changement positif. On pourrait sortir de ce pétrin où l’on est. Ces ordures dans les villes, l’incivilité dans les rues, les corruptions dans les bureaux administratifs, c’est dû à un cruel manque de leadership.

Depuis mes formations aux États-Unis, je suis personnellement impliqué dans cette vulgarisation. Dès que je parle à quelqu’un notamment à mes amis, je parle toujours de leadership même s’ils en ont marre d’écouter mes âneries.

** Rire **

Merci

Ecoutez le PODCAST AUDIO sur Anchor: https://anchor.fm/rijaniaina-madagascar/episodes/Podcast-001—Tout-le-monde-devrait-tre-un-leader-ea57pu


Municipales Madagascar : 23% de taux de participation

Six mois après les élections législatives se sont tenues les élections municipales à Madagascar (le 27 novembre 2019). La situation s’est empirée, le taux de participation a encore diminué notamment dans les grandes villes (c’est 23% pour la mairie de la capitale Antananarivo).

Ce billet prend encore l’allure d’une consternation comme le dernier billet avant ceci.

Les résultats officiels ont été annoncés par les tribunaux administratifs ce vendredi 10 janvier 2020. La population malgache se désintéresse totalement de la politique : « on s’en fiche de qui nous gouverne ! ». Ils n’ont plus confiance au système électoral malgache. Cette fois-ci les soupçons de fraudes se portent sur la liste électorale qui est censée être la même que celle des législatives. Mais le tribunal a rejeté la demande de confrontation entre la liste émargée des législatives du 27 mai et la liste des municipales du 27 novembre !

Les maires nouvellement élus sont-ils crédibles ? Oui et non

UNE FOIS DE PLUS

OUI : car Madagascar est le pays du mora mora (= laisser-aller)

NON : mais est-ce que les malgaches vont un jour se réveiller de leur torpeur.

Pourcentage des doublons selon l’opposition à Madagascar. Crédit: Jean-Luce Randriamihoatra.
FIRAISANA (en malgache) = Arrondissement


Législatives Mada : 31% de taux de participation

Ce billet aura l’allure d’une simple publication Facebook car « Gasikara » est consternée.

Ce très faible taux de participation à une élection (27 mai 2019) est un signe de désintérêt total de la population malgache aux institutions, au système étatique. Trop pauvre, ils cherchent seulement à survivre. Une chose est sure : les problèmes et présomptions de fraudes lors des présidentielles de 2018 ont créé un traumatisme.

Les députés nouvellement élus seront-ils crédibles ? Oui et non

OUI : car Madagascar est le pays du mora mora (= laisser-aller)

NON : « wait and see » c’est-à-dire qu’un réveil surprise de la population pourrait se produire. Il ne s’agira pas forcément d’une manifestation de rues mais peut-être une prise de conscience plus réfléchie.


État de l’e-commerce à Madagascar

Je prends la plume pour écrire rapidement ce billet car j’ai longtemps étudié et analysé la possibilité d’essor de l’e-commerce à Madagascar. On ne va plus parler d’un des freins de ce secteur qu’est le faible accès à l’internet qui est certes le premier blocage face pour un rapide décollage de ce secteur. Ce blocage fait que la compréhension de l’e-commerce par la plupart des gens se résume aux petites annonces entre particuliers sur Facebook car l’accès à ce dernier est très abordable voire gratuit pour les fournisseurs internet à Madagascar.

Le véritable E-commerce est en fait toute une « supply chain » (traduit chaîne d’approvisionnement) et aussi une chaîne de valeurs:

L’organigramme évoque 3 principaux éléments  dans la chaîne : 1) Portail numérique d’e-commerce (site web), 2) Le paiement en ligne et 3) La livraison. (le point 4 et 5 à la fin)

Prédominance du cash

L’utilisation de l’argent en espèces (cash) est encore trop prédominante à Madagascar. La première cause c’est bien évidemment le faible taux de bancarisation. Le pays est classé parmi les moins performantes dans ce domaine en Afrique subsaharienne. Selon la Banque Mondiale, seul 1 malgache sur 10 possède un compte de dépôt. Et selon ce sondage (https://stileex.xyz/malgaches-banques/) effectué à priori en zone urbaine, seuls 39% des sondés possèdent un compte bancaire.

Sur ces personnes ayant un compte bancaire = une carte bancaire, au moins 98% des opérations réalisées par les cartes bancaires sont des retraits de cash auprès des distributeurs automatiques. L’achat en ligne via carte bancaire est loin d’être une pratique courante et il est rare de trouver des marchands ayant un terminal de paiement électronique pour effectuer un achat avec sa carte.

L’avènement du mobile banking avec MVola, Orange Money et Airtel Money a plus au moins augmenté le taux de bancarisation. Ce service se substitue petit à petit aux banques traditionnelles. Des vingtaines de millions d’opérations sont effectués chaque mois avec le mobile money mais 2 types d’opérations sont prédominants : 1) l’achat de crédit téléphonique prépayé et 2) le retrait d’argent en espèce. Le 1) est encourageant et le 2) est décevant.

Pour l’instant, Madagascar est loin d’être « cashless ».

La question du paiement en ligne

C’est l’une des interrogations fréquentes des marchands physiques qu’un éclaircissement des moyens les persuaderaient ou non à lancer leurs portails web e-commerce ou voire de totalement migrer en mode « online ». Ces question: comment les malgaches locaux et les résident pourront payer leurs achats en ligne ? et comment le marchand pourrait recevoir les paiements ?

Pour la réception du paiement pour le marchand, les banques locales faillissent sur ce côté-là. Il n’est pas encore possible de lier un compte bancaire local à des plateformes de paiement en ligne comme Paypal, le plus populaire. Les marchands doivent créer un « compte marchand » sur Paypal mais seuls ceux qui ont un compte bancaire basé en Europe ou aux USA qui peuvent l’avoir.

Heureusement, les établissements de mobile banking proposent des API de paiement en ligne via des comptes de mobile banking. De plus, ils facilitent pour les marchands la création de « compte marchand » nécessaire pour recevoir un paiement.

Les sites web arborant une multitude de moyens de paiement en ligne commencent à apparaître :

La logistique de livraison, l’ultime défi

Une fois que la commande est payée, la question qui se pose c’est comment va-t-on recevoir le produit. Le produit doit être livré au client, le produit devient un colis dans la chaîne e-commerce. Sachez qu’en France,  62% des acheteurs sur Internet évaluent la livraison comme le premier critère e-commerce.

Normalement, le premier service d’expédition de colis dans un pays c’est la poste (Paositra Malagasy). L’e-commerce devrait être une aubaine pour la PAOSITRA MALAGASY mais le service postal malgache est défaillant :

La livraison jusqu’au point final est compliquée en Afrique pour plusieurs raisons : un système postal peu développé et surtout  un réseau routier en mauvais état. Un autre grand souci aussi c’est le « système d’adressage » à Madagascar, c’est trop compliqué. Un facteur a souvent des difficultés à repérer les endroits où il doit déposer un colis, il a souvent recourt à l’assistance d’un responsable du « Fokontany » pour y arriver.

Des sociétés spécialisées autres que la poste doivent se créer. En Zambie, j’ai un ami (on était dans la même cohorte de Mandela Washington Fellowship 2017), Njavwa Mutambo a créé sa société spécialisée en livraison en Zambie pour aider à la croissance de l’e-commerce zambien : avec « Musanga Logistics », une sorte d’Uber de la livraison adapté à la réalité de son pays

Les consommateurs  n’ont pas l’habitude d’acheter en ligne

Même si toute la chaîne est bien en place mais les gens ne vont pas utiliser le système. Les efforts entrepris ne serviront à rien. L’achat en ligne n’est pas encore dans les mœurs. Les entrepreneurs digitaux dans le secteur e-commerce doivent se montrer convaincants en offrant dès maintenant des services impeccables.

J’ai évoqué au début que l’e-commerce n’est pas seulement le paiement en ligne mais c’est une chaîne. Pour la concision de l’article, ces points suivants n’ont pas été dissertés : 4) le « marketing », consistant à accroître l’audience présente sur le site et à convertir cette audience en ventes et 5) le « service client », ayant un rôle fort de réassurance et de fiabilisation des commandes.

La sécurité des données sur les sites e-commerce doit être garantie. Le site doit être obligatoirement être en HTTPS.

La gestion de stock doit aussi se synchroniser avec les transactions en ligne, il faut éviter que le client ait payé un article qui n’existerait plus en stock.

A+


Présidentielles malgaches 2018 : l’abc de la fraude électorale en Afrique

Les Malgaches sont allés aux urnes le 19 décembre 2018 dans le cadre du second tour de la présidentielle pour élire l’un des deux candidats : Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Deux noms très connus. Ce sont les deux belligérants de la longue crise politique qui a plongé Madagascar dans un chaos socio-économique de 2009 à 2013. Le président élu sortant Hery Rajaonarimampianina n’est pas arrivé au second tour, il est arrivé à la 3ème place en récoltant seulement 8% des voix contre 39% pour Rajoelina et 35% pour Ravalomanana. C’est une situation assez inédite en Afrique.

Pour le 2ème tour de la présidentielle, la Commission Électorale Nationale Indépendante (ou CENI) a déjà proclamé ses résultats provisoires le 27 décembre dernier, annonçant Rajoelina victorieux avec 55,66% des voix, contre 44.34% pour Ravalomanana. Près de 520 000 voix d’écart. Ses résultats sont ceux de la CENI et ne sont pas officiels. Ils doivent être passés à la loupe à la juridiction suprême qu’est la Haute Cour Constitutionnelle (ou HCC) pour être validés et officiellement proclamés. Ce qui n’est malheureusement pas évoqué par les médias internationaux c’est que ce 2ème tour est entaché de fraudes électorales, il ne s’agit même plus de suspicions. Est-ce que les fraudes sont « massives » ? Seule la HCC jugera mais les manipulations vont en tout cas au bénéfice de Rajoelina.

Les suspicions de fraudes, on en parle à chaque élection à Madagascar mais il n’y a jamais eu de preuves concrètes ou personne n’a osé porter plainte. C’est vrai que Madagascar est l’un des pays les plus corrompus au monde, les médias français s’amusent à faire des reportages là-dessus en réussissant à filmer des transferts de pot-de-vin en plein jour entre policiers et particuliers. Cette corruption envenime le climat électoral depuis longtemps et il est temps de commencer à lutter contre ce fléau à Madagascar.

En tant que jeunes leaders, à partir de maintenant, on fait faire attention à cette citation de Joseph Staline :

Ce qui compte ce n’est pas le vote, c’est comment on compte les votes.

Les fraudes ! Il faut que cela s’arrête, que les fraudeurs soient punis, et les fraudes dénoncées.

Je suis fier que de mon vivant (je ne suis pas encore vieux!), les fraudes électorales ne restent plus que des rumeurs. C’est maintenant prouvé. Les preuves de fraudes électorales que j’énumère ici sont celles déjà relayées sur les médias sociaux malgaches mais que je partage ici pour attirer l’attention de mes amis africains que de telles manipulations se passent également chez vous. Un clin d’œil à mes amis de la RDC ! Pour information, après une requête à la HCC, l’équipe juridique du candidat lésé avait eu l’autorisation de confronter un échantillon des matériels électoraux utilisés par la CENI (les plis électoraux et les procès-verbaux ou PV) pour confronter les PV physiques qu’ils ont avec ceux de la CENI. Déjà avec ce petit échantillon, plusieurs anomalies ont été avérées. La plupart des documents utilisés dans cet article seront en « malgache » du fait que c’est la langue administrative compréhensible partout dans le pays donc utilisée par la CENI.

Confrontations de PV

La première requête a été la confrontation des procès-verbaux du candidat lésé et ceux de la CENI. Le premier constat est que la CENI ne disposait que de versions scannées (donc numériques) de PV. Dans les photos qui suivent : le papier de couleur rose est la copie de PV que les délégués des candidats reçoivent et celui en blanc est celle de la CENI. Voyez les manipulations constatées :

A part le changement de voix obtenues par un candidat, il y a aussi l’augmentation d’inscrits dans la liste électorale ce qui est totalement impossible car entre les deux tours la liste électorale est la même.

Image issue des réseaux sociaux

PV rose => Candidat 1 = 16 & Candidat 2 = 45. Dans la PV scannée, le changement : ils ont ajouté le chiffre 2 avant le 16 donc Candidat 1 = 216 & Candidat 2 = 45

Image issue des réseaux sociaux

Augmentation du nombre de votants ce qui est totalement illégal : PV rose => Nombre d’inscrits = 248, PV scanné => Nombre d’inscrits = 298. Cette augmentation va bien sûr en faveur d’un candidat.

La CENI a joué la transparence après la proclamation de ses résultats en permettant d’accéder les résultats par bureau de vote sur leurs site web mais cela met bien sûr en flagrant délit les manipulations :

Augmentation du nombre d’électeurs inscrits alors que la loi stipule clairement et strictement que la liste électorale du 2ème tour est la même que celle du 1er tour :

Des bureaux de vote (ou BV) ayant un taux de participation de 100% dans des zones très très enclavées dans le Sud de Madagascar. Le tableau suivant montre un échantillon de BV très louche où connaissant les lieux il est impossible que le taux de participation est à 100% voire plus (oui il y a des votants supérieurs au nombre d’électeurs dans ces BV).

Non-respect de la loi

La loi stipule que chaque bulletin unique doit comporter un numéro de série unique :

Ce qui n’est pas le cas, le numéro de série est seulement sur la souche. Il n’y a donc aucune possibilité pour prouver qu’un bulletin unique est propre à un BV. En tout cas, la commission électorale n’a pas respecté la loi. Cette situation jugée grave par l’équipe du candidat lésé est une preuve que l’élection n’est pas crédible.

Inspection des plis électoraux

Une des suspicions de fraudes courantes depuis le premier usage des bulletins uniques à Madagascar en 2013 est la technique des bulletins pré-cochés et aussi le fameux bourrage des urnes. C’est une requête  à laquelle la HCC a répondu positivement pour demander plus de transparence de la part de la commission électorale. Ainsi, l’équipe du candidat lésé a pu inspecter sous le contrôle de la CENI les matériels rendus par les bureaux de vote (les bulletins et les listes des votants signés).

Image issue des réseaux sociaux

L’ouverture d’un seul pli a permis de mettre à nu un cas évident de bulletins qui ont été cochés par une seule personne. Même sans expert graphologue, on peut constater cela. De plus, cela devrait être des empreintes au lieu de croix dans des régions où 90% de la population sont analphabètes.

Image issue des réseaux sociaux

Constatez dans l’exemple ci-dessus de liste d’émargements issu d’un BV où l’on voit un pseudo taux de participation à 100%. Regardez les émargements par imposition d’empreintes, c’est évidemment une seule personne qui émarge toute la page montrée ici.

Lors des vérifications des plis, sachant que chaque bureau de vote (BV) doit rendre les carnets de bulletins uniques non utilisés à la fin du scrutin, l’équipe de vigilance du candidat lésé ont constaté dans la presque totalité des échantillons vérifiés une absence de 25 à 50 feuilles par BV. Comment la CENI expliquerait-elle ces absences ?

Les morts ont également voté

Le grand défaut de cette élection a été la liste électorale qui a été critiquée par bon nombre d’observateurs avant les élections. La liste a été très mal conçue où beaucoup de personnes n’ont pas été inscrites alors que le nombre d’électeurs a augmenté de 20% par rapport à la liste utilisée durant les présidentielles de 2013. Le plus drôle c’est que des personnes déjà décédées il y a longtemps sont encore inscrites dans la liste.

Plusieurs témoins confirment que leurs proches décédés ont émargé et signé dans la liste électorale donc « les morts ont réellement voté à Madagascar ».

Irrégularités le jour du scrutin

A part ces manipulations, des irrégularités ont été constatées par les observateurs durant la journée du 19 décembre. Il y a eu des manœuvres de déstabilisations visant à décourager les gens d’aller voter : à priori, quelques personnes ont déjà déposé des plaintes sur ces situations-là. Quelques personnes ont été arrêtées durant le scrutin en train d’utiliser de fausses cartes d’identité nationale ou de fausses cartes d’électeur pour voter à la place d’autres personnes !

Ce bureau de vote n’était ouvert qu’à la fin de l’après-midi du jour du scrutin à cause d’une attaque de « dahalo » (bandits) dans le quartier toute la matinée mais il enregistre quand même un taux de participation de 95%. Incroyable !

Est-ce que le candidat Ravalomanana est totalement « clean » dans cette élection ?

Réponse : je ne sais pas. Je ne suis pas membre de son équipe, je suis juste un citoyen qui dénonce les fraudes. L’équipe de Rajoelina a totalement le droit de déposer des plaintes. J’ai vu ceci sur les réseaux sociaux et si c’est vrai, ils doivent déposer une plainte :

Traduction : un supporter de Ravalomanana dans le Nord essaie de corrompre les chefs de quartier dans cette zone !

La balle est maintenant dans le camp de la Haute Cour Constitutionnelle.

Les membres de la HCC ©Midi Madagasikara


Six semaines en pleine Silicon Valley

Cela fait un an qu’un groupe de jeunes africains a été sélectionné pour vivre une expérience américaine de six semaines dans le royaume du numérique qu’est la fameuse « Silicon Valley ». Venus suivre une formation sur le leadership et l’entrepreneuriat, 25 jeunes leaders africains étaient placés dans un collège communautaire dénommé Skyline College, à San Bruno, un comté situé au sud de la ville californienne de San Francisco. C’est là que s’ouvre la vallée du numérique, dans laquelle on trouve par exemple le siège social de Youtube, un important bureau du géant Oracle et la branche informatique de Walmart. Avec un profil majoritairement passionné des nouvelles technologies, ces jeunes leaders et moi nous sentions comme lors d’un pèlerinage vers la terre sainte du numérique !

Remise de diplômes avec les Mandela Fellows de Skyline College – Crédit: Skyline College

Les autres comtés comme Palo Alto, où se trouve le siège de Facebook et de l’Université Stanford (l’Harvard de l’Ouest), Mountain View, qui accueille celui de Googleplex ou Cupertino, où l’on trouve le parc de la firme à la pomme (Apple Park) se trouvent plus au sud de notre institution hôte. Pour s’y rendre, il nous fallait réaliser un trajet de 15 à 35 minutes en Uber ou Lyft, les VTC à la mode aux Etats-Unis.

Nous étions là-bas pour apprendre les rudiments de l’entrepreneuriat, à travers une intense formation académique et des ateliers, mais surtout des visites d’entreprises. Et il n’y a rien de plus excitants que de visiter les sociétés de la Silicon Valley !

Visite chez Lyft le concurrent d’Uber – Crédit photo: Skyline College

Visite de Square et Uber – San Francisco. Crédit photo: Celemusa

A l’intérieur de Facebook HQ – Crédit photo: Jennifer Fong

Jack Dorsey au milieu (fondateur de Twitter) – Crédit photo: unknown

Écosystème des startups dans cette région

La Silicon Valley reste l’écosystème entrepreneurial le plus dynamique au monde, cette région attire les start-ups innovantes du monde entier. Nous tentons de profiter de notre passage dans la région pour nouer des partenariats mais surtout de trouver des investisseurs : les 24 autre jeunes leaders et moi sommes tous des jeunes créateurs d’entreprises, ou au moins porteurs de projet.

Six d’entre nous ont eu la chance d’être sélectionné pour participer à un « LIVE SHARK TANK », primant les 3 premières start-ups dans un concours de pitch de 3mn chacun devant de réels « angel investors » (investisseur providentiel dirait-on en Français) le temps d’une soirée dans un club de San Francisco :

Une pitcheuse – Crédit photo: Margy Anne

Les pitcheurs de la soirée – Crédit photo: Mwape

Les deux premiers ont été deux camarades africains ayant des petites entreprises qui tournent déjà dans leurs pays respectifs, le Sénégal et la Zambie, car ils étaient impressionnants dans leurs pitchs et leurs idées étaient les meilleures de la soirée. Le prix du vainqueur devait être un investissement de 50 000 dollars, mais du fait que les start-ups de mes camarades n’ont pas leur siège aux USA, le lot fût transformé en 50 000 dollars de coaching et de marketing. En résumé, les africains savent pitcher mais n’attirent pas!

Les investisseurs de la Silicon Valley ne croient pas aux start-ups africaines, prétextant n’avoir aucune connaissance du marché africain et évoquant l’instabilité politique sur le continent pour éviter des les soutenir. Nous avons discuté avec de grosses pointures en la matière, là-bas, mais c’est toujours le même refrain !

YO – Une application pour s’envoyer des Yô reçoit des millions d’USD

C’est vraiment dommage pour l’attractivité du marché africain à l’Ouest des États-Unis, géographiquement très éloigné de l’Afrique tout de même. Car en parallèle, les capital-risqueurs de cette région osent investir sur tout et n’importe quoi comme des start-ups qui échouent au bout d’une année ou des apps qui ne proposent pas de réelle valeur ajoutée – on pense ici à l’application Yo (logo ci-dessus), qui ne sert qu’à dire «Yo», mais a réussi à lever plusieurs millions de dollars à ses débuts. pourtant, à l’époque, elle n’avait pas encore défini de modèle d’affaires clair (depuis, l’entreprise a pu diversifier ses activités). Il y a aussi l’histoire de «Skully», qu’on nous racontait là-bas comme un exemple pour faire rire: il s’agit d’une start-up sensée fabriquer des casques moto à réalité augmentée, et dont le fondateur était juste un incroyable pitcheur. Il a ainsi épaté les investisseurs et ces derniers, bluffés, lui ont ouvert leurs porte-monnaies (Le Figaro résume bien cette histoire: La start-up Skully est partie avec la caisse).

Chers investisseurs, par ici les yeux => l’Afrique est en bonne voie de devenir un continent de start-ups innovantes !

En tout cas, malgré tout cela, ce pèlerinage en terre sainte du numérique fût plus qu’enrichissant. Nous, le groupe de jeunes africains invités pour cette expérience, avons réussi à marquer de notre passage l’existence d’un écosystème entrepreneurial grandissant en Afrique.

Auteur: Rijaniaina Randrianomanana


Un vivier d’électeurs malgré eux à Madagascar

Les élections présidentielles arriveront bientôt à Madagascar et les dates sont déjà connues : ce sera le 7 novembre pour le premier tour et le 19 décembre 2018 pour le second tour.

Madagascar ? C’est l’un des pays les plus pauvres du monde. Une pauvreté avec un contraste « ville » VS « campagne ».

En ville

Une ville malgache c’est un bal des SUV et des 4×4 dans un océan de pauvreté. Dans la capitale Antananarivo, la pauvreté urbaine se présente sous la forme de ces enfants des rues qui mendient partout et auxquels seuls les touristes ont la gentillesse de donner des sous. Mais ce sont surtout les BIDONVILLES, que l’on nomme communément « bas quartier » (Ambany tanàna) dans le pays.

En campagne

L’extrême pauvreté est surtout présente dans les zones rurales. Dans le Grand Sud de Madagascar, la famine frappe presque saisonnièrement, chaque année. L’Éducation fait aussi défaut à la campagne : soit il n’y a pas d’établissements scolaires, soit les écoles sont très éloignées des lieux d’habitation, soit elles existent mais il n’y a pas d’enseignants.

Eh bien, cette frange très démunie et majoritairement analphabète de la population malgache représente bel et bien « des électeurs » inscrits dans la liste électorale.

C’est un vivier d’électeurs que personne ne prend en considération dans les débats sur le développement. Les politiciens ne les considèrent que pendant les campagnes électorales, en les réunissant pour des spectacles gratuits et ensuite pour les photos de foule. Un meeting électoral se termine souvent par une distribution de casquettes, de t-shirts mais surtout de produits de première nécessité (riz, sucre, huile etc.). C’est en quelque sorte une « arnaque » électorale. Voilà où vont les élections à Madagascar. Nos élections sont tout sauf DÉMOCRATIQUES. Et ces personnes sont les premières oubliées dès que le candidat est élu.

Je ne connais pas le pourcentage exact de ce vivier d’électeurs, mais ils représentent un taux assez conséquent pour assurer au moins l’arrivée au second tour de ceux qui ont le moyen matériel et financier de s’adonner à cette arnaque électorale.

Pour Madagascar, il est temps de sortir de son complexe insulaire perpétué par nos politiciens véreux qui profitent du défaut d’éducation de la population et d’oser s’inspirer des réussites africaines souvent non francophones : l’Éthiopie, le Rwanda, l’Ile Maurice, etc… Osez un compromis, une vraie « refondation » dirigée par une nouvelle génération de leaders.


Macron avait raison sur Madagascar

En disant que :

Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien.

Le président français Emmanuel Macron a totalement raison pour le cas de la Grande Île. A propos de son autre déclaration disant que  le défi du continent est « civilisationnel », je peux comprendre que c’est dégradant de le généraliser pour le cas de tout le continent car il y a beaucoup de pays africains qui avancent bien mais encore pour le cas de Madagascar, c’est bien visé : non pas seulement sur les transitions démocratiques (le coup d’Etat de l’année 2009 suivi d’une longue crise) mais surtout sur la transition démographique. Il est très commun de voir à Madagascar des ménages à plus de dix (10) enfants dans les régions rurales. Faire des enfants est presque devenu un passe-temps. C’est pour moi presque un crime de naître un enfant sans penser à comment subvenir à ses besoins. Il faut oser dénoncer cela !

La population malgache est trop trop trop jeune : elle est estimée à près de 25 millions d’habitants actuellement et 60% de cette population ont moins de 20 ans. L’institut national de la statistique (INSTAT) estime à 20% le taux de la population active c’est-à-dire seulement 20% des Malgaches travaillent pour le 80% restants qui sont soit des vieux (seulement 4% de plus de 65 ans), soit des enfants ou soit des chômeurs.

La cause de tout cela, il y a le manque d’éducation de la population avec officiellement 46% d’analphabètes (et « être éduqué » ne signifie pas uniquement savoir lire et écrire). Bref, ce n’est pas vraiment leur faute si faire des enfants leur est devenu un passe-temps, c’est le cumul des échecs des dirigeants qui se sont succédé au pays. Madagascar est le 5ème pays le plus pauvre au monde (après le Sud Soudan, Malawi, Burundi et la Centrafrique) avec un PIB de seulement 390 dollars US par habitant. Ce classement est évident en voyant que seulement infime partie de la population paie des impôts et des taxes pour la majorité restante.

Malgré cela, on ne doit pas se lamenter sur ces statistiques effroyables, on doit définir des stratégies de développement en fonction de cela. Maintenant que l’on sait que notre population est trop trop jeune, on doit avoir une vision pour l’avenir par rapport à cela. Le pays doit créer des emplois, le pays doit éduquer cette jeunesse et le pays devrait avoir un dirigeant visionnaire. Le pays est obligé de s’ouvrir aux investisseurs extérieurs.

C’est le premier billet que j’ai écrit en 30 minutes après avoir écouté un reportage de la radio RFI Afrique sur la statistique démographique de Madagascar aujourd’hui.